You’ll never walk alone…dans le meilleur des mondes 5/7

Bill Shankly, l’idiot utile de John Moores…

 

L’économie des clubs

L’arrivée de John Moores au sein du board d’Anfield permet au club de rééquilibrer ses comptes, sans parler de la générosité du patron de Littlewoods. À cette époque, l’économie  du football repose sur la billetterie, l’apport de la restauration délivré dans les stades et le programme d’avant match et la vente de gadgets, embryon du merchandising. La marge de manœuvre pour les dirigeants de clubs est infime, quand elle n’est pas nulle. John Houlding pensait que le football serait une bonne affaire à terme. Soixante ans après la création du Liverpool Football Club, on est loin du compte.

Malice

John Moores n‘interfère pas dans la marche du club et laisse faire Shankly et son management artisanal. Moores sait  qu’il a tout intérêt à laisser le manager écossais mener son petit monde à la baguette. Moores s’intéresse à autre chose. La tribune !

Comme nous l’avons constaté précédemment, la tribune du Kop est le quartier général des travailleurs du port de Liverpool. Un espace qui leur sert de base pour discuter et régler des conflits sociaux. Le virage opposé Anfield est occupé par les jeunes principalement. Comme toujours, il n’existe aucune étude et aucun document qui atteste que John Moores ait pu établir un plan visant à transformer le stade d’Anfield dans le but d’opérer une gentrification des tribunes et ainsi, tuer toute forme de contestation sociale à terme. C’est pourtant ce que Moores va s’employer à faire…

Bill Shankly attablé au centre. Eric Swayer, l’avoué de John Moores est à sa gauche. T.V Williams ( au fond ) préside cette réunion du board. Richard Martindale est à sa droite

Lutte sociale amoindrie et enrayée

En 1963, le board sous l’action de Moores rase la tribune de Kemlyn et fait édifier un nouvel espace d’une contenance de 6 500 places assises. Shankly acquiesce. Le prix du billet augmente ce qui redéfinit quelque peu la fréquentation d’Anfield. Sept ans plus tard, le virage d’Anfield est démoli. Une nouvelle construction similaire, mais dotée d’une toiture plate est inaugurée. Cette tribune est divisée en deux parties distinctes.

Vers la fin des années soixante, les supporters des équipes visiteuses prennent l’habitude de se déplacer à l’extérieur en masse. On se demande ou le non-libéral et patron de la FA Alan Hardaker, avait la tête ?! Ces vastes déplacements sont un prélude au hooliganisme qui va déferler sur le pays. Un hooliganisme  encouragé par les néolibéraux enfin de redéfinir le cadre de la tribune. Une partie de cet espace est désormais réservé aux fans venus soutenir leurs favoris. Cette nouveauté à une répercussion immédiate sur la composition sociologique des tribunes. La génération Beatles change de virage et investit le Kop en introduisant le chant « You’ll never walk alone ».  Cette chanson qui date de 1945 issues d’une comédie musicale « Carousel » reprise par un groupe de rock local, Gerry and the Pacemakers est devenue l’hymne des jeunes fans. Shankly avait déjà encouragé depuis des années des jeunes à investir le Kop pour selon son expression qu’ils puissent devenir des hommes.

Le Kop change d’occupants

Mélanger pour mieux briser toutes formes de revendications sociales

Le Kop devient de par sa composition hétéroclite, une tribune non homogène sur le plan social. Jeunisme et Rock’n Roll ne font guère un bon alliage avec un certain  radicalisme social. En 1968, la disparition de Richard Martindale met fin à la présence du courant syndicaliste au sein du board d’Anfield. Durant les années soixante-dix, le Kop cesse d’être un haut lieu de radicalité sociale. Les chants et drapeaux associés aux résultats positifs du club, victoire en Championnat d’Angleterre et en Coupe d’Europe étouffent les moindres revendications. Enfin, les syndicats ont perdu toute forme d’influence sur les finances du club. John Moores a réussi son coup.

Un seul couac pour le patron de Littlewoods. Les orangistes bien que libéraux ont de tout temps haïes les néolibéraux tels que Moores. Ce dernier a pu agir et dicter sa politique au club du fait d’un Thomas Williams soucieux de sauvegarder ses intérêts. De nos jours, le courant orangiste est perçu comme folklorique du côté de Liverpool, voire de tout temps. C’est une erreur. Orangistes et néolibéraux ont fait cause commune sur certaines choses, par intérêts, néanmoins, ils ont toujours été en guerre sur bien des sujets…

Shankly frileux ?

Coach d’Huddersfield, puis de Liverpool dans un football anglais des années cinquante qui peine à se vivifier, Shankly est pris de court par l’évolution brutale du football local une dizaine d’années plus tard. L’arrivée massive de joueurs de grande qualité transforme un football anglais moribond depuis trop longtemps. Des expressions, styles et culture jeu apparaissent ce qui complique la tâche des managers Old Scholl.

Shankly opère par petites touches. Ses formations déroulent un jeu traditionnel tout en déployant des nouveautés. Le manager écossais a intégré l’idée de son ami Stan Cullis, qu’un jeu aérien débridé et synthétique est aussi fonctionnel et décisif que le jeu à terre. Liverpool retrouve la première division, remporte le sixième titre de son histoire et pour la première fois de son existence, la FA Cup. Le club rouge débute sur la scène européenne.    

Shankly reste un brin dubitatif face au style émergent et dominateur de Leeds United. Leeds offre une synthèse globale de ce que le jeu anglais est capable de produire. Après bien des tâtonnements Shankly calque peu à peu son onze de base sur la formation du manager Don Revie, avec lequel, il était en bonnes relations.

« Mon cher Don, vous allez trop vîtes pour moi »

La fin des dinosaures

L’arrivée de John Smith à la présidence du board sous l’insistance de Moores, un manager qui a connu le succès dans le domaine de l’électronique et de la bière industrielle va pousser le club à évoluer sur certaines questions. La disparition de Thomas Williams actionnaire majoritaire du club en 1976 ajouté au retrait d’Harold Cartwright quelques années après signe la fin d’une époque. Désormais, le club est aux mains des néolibéraux.

La question irlandaise

Si le stade d’Anfield a cessé d’être une paroisse protestante dès les années vingt et trente, le board d’Anfield s’est tenu à une règle d’or. Aucun joueur irlandais de confession catholique n’a été enrôlé par le club. Une preuve que le courant orangiste fut de tout temps actif au sein du board d’Anfield. Notons qu’à cette époque, il était compliqué pour les clubs anglais d’engagé des joueurs irlandais de confession catholique. L’ensemble de ses joueurs était moqué, insulté et le plus souvent, avait droit aux cris de singes ! La Fifa, l’Uefa et la Fa n’ont jamais réagi face à cette situation.

Shankly ne prendra pas l’initiative de changer les choses, histoire de ne pas créer de tensions avec des gens au sein du board, sans doute. En 1974, le manager écossais usé jusqu’à la corde préféra se retirer…

Avec la prise totale du contrôle du club par les libéraux au tout début des années quatre-vingt, les choses changent. Ronnie Whelan, irlandais de confession catholique, enfile la tunique du club rouge.  

Libéralisme en marche

Le propre des libéraux est de se faire passer pour des progressistes. Smith et ses adjoints ne s’arrêtent pas au fait d’avoir fait signer un joueur irlandais catholique.  Un an plus tard, Howard Gayle, premier joueur d’origine africaine débute sous le maillot rouge. Enfin, John Smith obtient le droit des dirigeants de la ligue d’apposer le nom de la firme japonaise Hitachi sur le maillot rouge moyennant un chèque de 50 000 livres par saison. Tout ça n’est qu’un début…