You’ll never walk alone…dans le meilleur des mondes 2/7

D’orangiste à syndicaliste…

Petits arrangements entre amis

Suite à l’arrangement trouvé entre la famille Houlding et les actionnaires du club, annulation de la dette du club, session des actions gratuitement, le board à la recherche de nouveaux partenaires émet 15 000 titres, 1 £ l’action. John McKenna assume la présidence du club. Les actions partent rapidement. De nouvelles têtes apparaissent au sein du board.

De sa création jusqu’au premier conflit mondial, le club d’Everton draine peu à peu un public issu de toutes les classes sociales. Goodison Park n’est pas marqué par le militantisme social, alors qu’Anfield est gagné par une écrasante majorité de supporters qui travaillent pour la toute puissante Mersey Docks & Habour Board qui administre le port de Liverpool. Un autre contingent de supporters tout aussi important provient du chantier naval de Birkenhead. La société Cammell Laird a pour client la Royal Navy, des sociétés de transports de marchandises et la prestigieuse compagnie de paquebots, Cunard Line.

Premières crises

Lors de la saison 1914-15, le club rouge est l’objet d’une enquête des administrateurs de la FA. Certains cadres de l’équipe première du club sont mêlés à une affaire de paris truqués avec des joueurs du club de Manchester United. L’affaire éclate au grand jour. Le scandale est étouffé par la situation internationale. Les joueurs impliqués sont sanctionnés et radiés.

L’idole du peuple

Sur le plan sportif, après une décennie sans aucun succès, le club fait signer un joueur en provenance de Belfast. Elisha Scott s’installe dans les cages. En quelque année, il devient le joueur vedette d’Anfield. Bien que protestant, il a grandi du fait de sa famille dans un environnement intra-chrétien. Scott rejette le sectarisme religieux et arbore les orangistes. Adulé, il entraîne avec lui bon nombre d’Anglais, d’Irlandais et de gallois de confession catholique à fréquenter Anfield. Il devient la première vedette du Kop. Le seul Roi d’Anfield !

Elisha Scott

Les dirigeants ont aussi la bonne intuition de faire signer David Ashworth, un technicien qui applique sa méthode. C’est le premier entraîneur local à avoir travaillé sur le rôle de la défense dans le jeu. Son système de jeu repose sur la sanctuarisation des dix-huit mètres d’Elisha Scott. Prendre le moins de buts possible. Il remporte le titre de 1922. La saison suivante, Ashworth récidive, ou presque. Il abandonne son poste en février 1923, alors que les rouges occupent une confortable première position au classement général. Il est remplacé par Matt McQueen, un ancien de la maison. Ashworth habite toujours à Stockport à quarante Kilomètres de Liverpool et son épouse est handicapée. Ashworth fatigué de faire le trajet deux fois par jour rompt son contrat et en profite pour signer avec le club d’Oldham Athletic. Le board d’Anfield s’abstiendra de communiquer sur les raisons du départ d’Ashworth.

Le Kop se radicalise

Le port de Liverpool tourne à plein régime. La Mersey Docks emploie des milliers de gens dans de multiples domaines. Les conditions de travail sont difficiles et de nombreux conflits sociaux éclatent vu les salaires misérables octroyés aux employés alors que l’activité florissante du port produit d’importantes richesses. Cette injustice sociale gagne peu à peu les travées d’Anfield. Il n’existe guère d’endroit où les employés de la Mersey Docks peuvent se réunir en masse. Le virage du Kop devient un lieu de convergence pour tous les travailleurs du port de Liverpool. On se réunit et on discute. On parle autant de droit de grève, et d’avancée sociale que de football. Les actionnaires du club orangiste voient toutes cette concentration d’un mauvais œil.

Le board change de couleur

La nomination de l’orangiste Matt McQueen au poste de manager confirme une tendance. Les orangistes restent influents dans la gouvernance du club rouge, bien que certains anciens partenaires du fondateur John Houlding finissent par se retirer et cèdent leurs parts à d’autres investisseurs. Néanmoins, la composition du conseil d’administration ne change pas. Le board reste stable. Il est constitué d’une dizaine d’actionnaires en moyenne. L’ensemble est d’obédience protestante, toutefois, les premiers non-orangistes font leur entrée à la table des actionnaires. Les deux parties font cause commune. Cependant, les orangistes pestent sur les coûts croissants qu’engendrent les salaires des joueurs et l’entretien du stade d’Anfield. L’argent sort plus vite qu’il ne rentre. Une vieille histoire…

Gordon Hodgson

Scott et Hodgson

Après l’obtention des deux titres, le club rouge n’est pas en mesure de se maintenir au plus haut niveau. Pourtant, un scout inspiré repère un jeune attaquant sud-africain dont la sélection effectue une tournée en Grande-Bretagne. Gordon Hodgson est rapidement recruté par le board d’Anfield. Si Liverpool décline et rentre dans le rang, Hodgson marque but sur but. Il permet à Liverpool de se maintenir dans l’élite du football anglais. Après Elisha Scott, Hodgson devient la deuxième grande vedette de l’histoire du club rouge. En 1927, le Kop est légèrement modifié pour aménager une toiture qui couvre la totalité de la tribune.

Polymorphie du board 

Durant cette période, des « entrepreneurs syndicalistes » intègrent le board d’Anfield. William McConnell traiteur réputé et président d’un club de bowling, lié aux syndicats et le jeune Richard Lawson Martindale négociant en charbon et proche des syndicats lui aussi, prend la suite de son père. Peu à peu, les nouveaux arrivés prennent l’ascendant sur les anciens dont les figures de proue sont William Cartwright, politicien orangiste et libéral qui préside le club de 1932 à 1935 et Thomas Valentine Williams, un entrepreneur dans l’industrie du coton. Il à hérité des actions laissées par son père ami de John Houlding qu’il avait suivi lors de la scission au sein du board d’Everton. Williams a également acquis les parts de ses oncles. Il est l’actionnaire le plus important du club.

L’ouvrage « Red Men » rédigé par John Williams professeur de langue, qui traite du rôle des hommes qui ont fait l’histoire du club ne s’attarde pas sur cette confrontation au sein du board d’Anfield. Et encore moins des conséquences. C’est regrettable.

Richard Martindale & William McConnell prennent le pouvoir

Martindale et McConnell forment un duo redoutable. S’ils restent en retrait de la présidence du board, ils prennent le club en main. Martindale et McConnell sont sur tous les fronts. Les libéraux ont trancher. Ils ont renoncé à la gouvernance du club du fait des coûts de fonctionnement, sans parler de la guerre et des possibilités offertes par les syndicalistes pour maintenir le navire à flot. Ses « partenaires » en fonction de leurs connexions peuvent allégé les coûts engendrés pour l’entretien d’Anfield et des transferts toujours plus contraignants, le tout en utilisant l’argent des syndicats à travers une gestion opaque. Tant pis si Anfield devint une pétaudière rouge !

C’est du donnant donnant. Le board profite de l’argent des syndicats, en retour, il soutient sans la moindre restriction les luttes syndicales. Le Kop sert de QG général aux syndicats pour s’organiser et régler les conflits sociaux avec les représentants de la Mersey Dock.

En 1941, John Harrop, actionnaire du club, ancien agent immobilier et élu municipal, démissionne et laisse la présidence du club vacant. C’est le moment qu’attendait le jeune Richard Martindale pour occuper la présidence du LFC. William McConnell assume la vice-présidence du club…