You’ll never walk alone…dans le meilleur des mondes 1/7

Un club, une histoire….

Prononcer le nom de Liverpool à une assistance composée d’amateurs de football et vous aurez droit en retour aux habituels poncifs faits d’argument positif, le tout empreint d’émotion. Un club hautement respectable. Une grande histoire symbolisée par ses supporters situés dans la tribune du Kop, par son manager légendaire, l’écossais Bill Shankly. Des fans qui chantent et soutiennent leurs favoris même dans la défaite. Un club frappé par des catastrophes, le Heysel et Hilsborough et puis Liverpool, c’est les Beatles, une ville rebelle qui a résisté au thatchérisme. Des valeurs morales…blablabla.

De nos jours, le LFC récemment sacré champion d’Europe pour la sixième fois de son histoire et champion du monde des clubs, une mascarade commerciale organisée en fin d’année par les gens de la FIFA, occupe le devant de la scène sportive. Le club rouge s’apprête à remporter le titre de champion d’Angleterre qu’il n’a plus accroché à son palmarès depuis trente ans. Les choses se présentent bien et la FA sous la pression des marchés fait le nécessaire pour que le club rouge aille jusqu’au bout.

Oui, Liverpool est un club unique suivi par des millions d’âmes de par le monde. Un club socialiste, porte étendant du peuple rouge ! Jj’écoute les médias et je lis la presse. 

La preuve. 

https://www.lequipe.fr/explore/lf35-les-reds-un-club-rouge/

 

Croyances

À la lecture de l’historiographie du club rouge, un fait apparaît. On touche au sacré. Page après page, on est en présence d’une liturgie gravée dans le marbre.  Cette présentation n’a jamais suscité la moindre interrogation chez l’ensemble des amateurs de football et moins encore chez les professionnels de l’information. Pas plus chez les historiens et adversaires du LFC. Il n’existe aucun ouvrage sérieux qui traite de l’histoire du club rouge en profondeur.

L’ensemble des publications est ciblé. Elles se focalisent essentiellement sur la période Shankly. Une abondance de récits sans importances quand ils ne sont pas trompeurs destiné aux générations Erasmus, celle qu’il faut travailler au corps. David Peace, un furoncle du gauchisme anglais est ce qui se fait de mieux dans ce domaine. Seul l’écrivain David Kennedy a abordé de fond les origines du club rouge et conjointement celle du club d’Everton sous fond de sectarisme religieux.

Parangon de la morale

C’est donc en apparence un exercice périlleux que de vouloir mettre à nu l’histoire de ce club, car au-dessus de tous soupçons. En apparence, car je n’ai que faire de  cette institution sportive membre de l’oligarchie des clubs de football européen. Il existe des dizaines de clubs de football sur le vieux continent qui ont atteint les sommets, cependant, ils n’ont jamais fait l’objet d’une attention particulière. C’est lié à leur histoire. Des clubs ordinaires dirigés par des gens sobres, simples et efficaces.

Vous l’aurez compris. En matière de football, le club qui à travers ses instances dirigeantes, ses supporters et les médias qui l’entourent, hurle à la morale chaque jour qui passe à souvent plus d’une chose a dissimulé. À travers ses sept sujets successifs, nous allons comprendre les multiples raisons qui ont amené les écrivains, historiens et médias à nous présenter le club rouge sous une vision idyllique. Un récit bien éloigné de la réalité.

Périodes

L’histoire du club rouge se scinde en quatre périodes distinctes. La première commence à la naissance du club en 1892 et s’achève dans les années vingt. La deuxième s’étale sur quarante ans. La troisième commence avec l’arrivée du manager écossais Bill Shankly à Anfield et se termine vers la fin des années quatre-vingt. La quatrième se résume en un seul mot. L’après !

 

John Houlding

Naissance

Le Liverpool Football Club est créé le 4 mai 1892 par John Houlding, un brasseur local membre du club d’Everton et propriétaire du terrain d’Anfield sur lequel joue  l’équipe d’Everton. John Orrell un autre brasseur est propriétaire d’une partie du terrain d’Anfield. À la suite de la décision d’augmenter le loyer pour l’utilisation de son terrain, les dirigeants du club d’Everton refusent de payer le prix exigé par Houlding et mettent le cap sur un terrain situé non loin d’Anfield, Goodison. La désertion d’Anfield contraint Houlding à créer un nouveau club. Il restera à jamais des points d’interrogation sur cette séquence, néanmoins on peut avancer.

Houlding caressait le projet de fonder son propre club, le tout guidé par son sectarisme religieux. Orangiste, il ne se sentait pas en situation de cohabiter plus longtemps dans un club composé de catholiques à tous les niveaux. Houlding avait flairé que le football pouvait s’avérer être une bonne affaire à terme. Peu après cette « scission », Houlding rachète à John Orrell, les parcelles de terrain adjacent au terrain d’Anfield.

Un board orangiste

L’aspect religieux est central à la naissance des clubs d’Everton et Liverpool. On observe des divergences profondes entre les deux entités. Le board d’Everton est composé de plus de trois cents actionnaires. Il en est tout autre chez le voisin d’Anfield. Les quelques notables qui accompagnent John Houlding dans son entreprise sont des hommes d’affaires, francs-maçons, membre de l’ordre orangiste. Il en résulte un club sectaire. En 1897, John Houlding est élu maire de Liverpool. Il disparaît cinq années plus tard.

Football

Le LFC débute dans le championnat du Lancashire. John McKenna orangiste et ami d’Houlding, forme une équipe composée presque exclusivement de joueurs écossais. Liverpool rencontre le succès. Le LFC qui ne joue pas encore en rouge. La formation de John Houlding arbore une tenue bleu marine et ciel et elle remporte trois trophées locaux. Le LFC intègre la seconde division pour la saison 1893-1894. Le club remporte le titre et accède à l’élite. L’année suivante, le LFC redescend aussitôt à l’étage inférieur puis remonte l’année d’après. En 1901, le LFC qui joue désormais en rouge remporte son premier titre de champion d’Angleterre. 

John McKenna

Ses succès sont décisifs dans la petite guerre que se livrent les petits clubs pour attirer à eux les amateurs de football de plus en plus nombreux. Titrés sur le plan national, Everton et Liverpool écartent toute forme de concurrents potentiels sur les bords de la Mersey. En 1906, fort d’un deuxième titre de champion d’Angleterre, le board d’Anfield décide de reconstruire le stade d’Anfield. Le dessin est confié à l’architecte écossais Archibald Leitch spécialisé dans la construction de stade en dur.

Les travées en bois sont démontées et laissent place à une arène composée de quatre tribunes distinctes d’une contenance de 50 000 places. Le stade est couvert à l’exception d’une tribune baptisée Spion Kop. Si le terme de Kop est né à Londres, il concernait les supporters du club du Woolwich Arsenal, le terme est repris par Ernest Edwards, rédacteur en chef des sports au Liverpool Écho. Une appellation qui fait référence à la guerre des boers en Afrique du Sud, du fait que la paroi adossée  au virage lui rappelait une colline du nom de Spioenkop, lieu d’un affrontement entre les forces de l’Empire britannique et les indépendantistes « boers ».

Anfield reconstruit en dur

Le pouvoir change

La disparition de John Houlding entraîne une recomposition du board d’Anfield. Alice, la fille du fondateur du club et héritière prend la décision de se désengager du club. Elle estime le coût du développement du LFC trop onéreux et préfère privilégier la sauvegarde de l’affaire familiale, une vingtaine de brasseries, confrontées à la concurrence et à des lois contraignantes sur la question des monopoles…