Soleil noir

Ronnie Peterson vient au monde en 1944 dans la commune d’Orebro en Suède. Durant sa jeunesse, il construit un kart avec son frère dans le garage que possède son père. Le jeune Ronnie sillonne le pays, il participe à de multiples épreuves régionales. C’est dans ce pays encore libre et joyeux, et ce malgré bien des privations dues aux suites de la guerre qu’il commence à forger son style. Ronnie Peterson est le dernier grand sportif suédois qui n’a pas été éduqué dans une société qui va se vautrer dans un hédonisme et un matérialisme effréné à l’orée des années soixante.

Apprentissage

C’est durant cette période que le jeune Suédois acquiert une dextérité qui va en faire un pilote sans égal. Avec le soutien de son père, il conçoit une formule 3 artisanale avec laquelle, il dispute le championnat national. Peu après, il s’aligne  en F2 avec une Tecno et est l’objet d’un démarchage provenant de l’écurie de formule 1 March, propriété en autre de Max Mosley. Peterson est fou de joie et signe sur le champ. Un bonheur n’arrive jamais seul, il fait la connaissance d’un jeune mannequin nommé Barbro, elle aussi native d’Orebro. Dès sa première saison, le suédois étale son talent et sa maîtrise du survirage. Colin Chapman, “monsieur formule 1” créateur et patron de la firme Lotus, le piste.

Défaire le contrat de Peterson chez March est très compliqué, mais en 1973, le Viking peut enfin intégrer le légendaire team anglais. Le suédois arrive dans une équipe sacrée championne du monde sur les deux tableaux. Emerson Fittipaldi est une pointure et a remporté le titre suprême. Le petit monde de la course automobile attend la confrontation entre les deux hommes.

Sur une autre planète

D’emblée, le Viking surpasse le champion brésilien. L’ambiance vire rapidement au vinaigre. Peterson est loin d’être un as de la mise au point, en fait ça ne l’intéresse pas, il préfère avoir une voiture réglée en fonction de son pilotage. Pourtant, la fabuleuse T72 demande des réglages pointus. Le résultat est que Peterson est souvent un peu perdu durant les essais, vers la fin des sessions, les réglages de Fittipaldi sont montés sur la voiture du suédois. Le résultat est terrible, Peterson s’envole et tourne autour de ces adversaires. Lors des essais du Grand-Prix d’Espagne à Barcelone, le Viking colle 1,9 seconde à son coéquipier en qualification.

Pilote 

Le malaise dans l’écurie anglaise s’installe. Fittipaldi est déstabilisé et anéanti par la vitesse de son coéquipier et le clash intervient en fin de saison avec le départ du brésilien chez McLaren. Peterson gagne ses premières courses, mais subit quelques casses motrices ou de boîte de vitesse qui le prive du titre. Il n’est pas atteint par cette perte. Peterson ne court pas après la gloire. Il aime le pilotage brut, sans artifice.

Déclin

Les années suivantes, Lotus décline. Les innovations apportées par Chapman et ses ingénieurs sont des échecs, pourtant, Peterson enlève à deux reprises, le Grand-Prix de Monaco. Sur le plan privé, il épouse Barbro et devient l’année suivante papa d’une petite fille prénommé Nina. Ses parents et son frère sont restés proches, ils l’accompagnent souvent sur les circuits, cette présence est importante pour le suédois, Peterson était sans doute conscient que son petit bonheur ne tenait à pas grand-chose.

En 1975, Lotus se plante avec le modèle T76 et le team éprouve des difficultés financières. JPS, le fameux sponsor a serré les cordons de la bourse. Peter War, le team-manager des noirs et or négocie le contrat du suédois qui retourne chez March. Le scandinave s’ennuie malgré une victoire à Monza. L’année suivante, il file chez Tyrrell, mais la P34 à six roues ne lui convient pas. C’est au même moment que le team Lotus remonte la pente en lançant le concept de l’effet de sol. À l’orée de la saison 1978, Colin Chapman décide de rapatrier Peterson dans le team, mais en tant que second pilote. Le Viking accepte et respecte son contrat.

Toujours là

En qualification, il ne se permet guère de devancer Mario Andretti ni en course, il ne se contente de finir deuxième à l’exception de deux épreuves où il se permet de prendre de l’air. Le talent du Viking est intact, nettement plus rapide que l’américain, mais Peterson déteste l’effet de sol, cela bride son pilotage. En Autriche, il triomphe dans ce qui sera sa dernière victoire. Sous la pluie au volant de sa beauté noire et en deux manches, il domine de manière prudente sans avoir besoin de forcer son talent là où les autres avaient fini dans les rails de sécurité. Gagné comme Andretti, Lauda, Hunt et les autres, Peterson savait aussi le faire.

Fatigué de cette situation, il signe un juteux contrat avec McLaren avant Monza avec l’accord de Chapman. Durant les essais, il commet une erreur et endommage sa voiture. Le dimanche, il est obligé de partir avec le mulet, le modèle de l’année précédente. Le départ est donné dans la confusion, au bout de la ligne droite, c’est le drame. La Lotus touché par la McLaren de James Hunt lui-même tassé par Patrese par en travers, frappe le rail de sécurité et s’embrase. Hunt s’extrait de sa voiture, par secourir le suédois aidé par Clay Regazzoni, ils le sortent de sa voiture. Peterson est vivant et parfaitement conscient, il indique aux secouristes ce qu’il ressent. Le suédois souffre de fractures aux jambes.

Après la frayeur on pense que tout ira bien pour le valeureux Viking, opéré dans la soirée. Durant la nuit des complications surviennent et le champion scandinave décède le lendemain à la stupeur générale. Des masses graisseuses provenant de ses os brisés sont passées dans le sang provoquant au final une embolie. Comme toujours dans ces moments tragiques, la famille de la F1 serre les dents et inhume Peterson dans sa ville d’Obrero.

L’accident brise plusieurs vies. L’excellent pilote italien Victor Brambilla ne s’en remettra pas, toucher à la tête, il abandonne la compétition. James Hunt va peu à peu sombrer dans la dépression, Patrese va trimbaler une sale réputation durant toute sa carrière, quant à Colin Chapman, il rend clairement le personnel du Team Lotus responsable de la mort de Peterson. Le team n’a pas été à la hauteur, il n’a pas su réparer la T79 bien plus rigide que la T78 clame avec rage, monsieur formule 1. L’ambiance au sein de l’équipe de nouveau championne du monde est exécrable lors des derniers Grands Prix de la saison.

Le destin de Barbro, la veuve du champion suédois reste le plus tragique. Après avoir surnagé, elle entame une liaison avec le gentleman-pilote John Watson, ce dernier abandonne la formule 1. Après plusieurs dépressions, elle met fin à ses jours en 1987. Ronnie Peterson était loin d’être un pilote complet, lui-même ne revendiquait pas cette étiquette. En fait, il ne vivait que pour le plaisir de piloter et fut malgré la forte concurrence, le coureur le plus rapide de son époque.