Richard « Dick » Newick

 

OSTAR, Transat anglaise, 1968. Après vingt-cinq jours de mer, l’anglais Geoffrey Williams, coupe la ligne d’arrivée à bord de Sir Thomas Lipton, son  monocoque de 57 pieds.

Quinzaine d’heures plus tard, Bruce Dalling sur son monocoque Voortrekker rejoint Williams à quai. Le lendemain, Le Gallois Tom Follet arrive à Newport  pour compléter le podium. C’est pour beaucoup de spécialistes une surprise, voir un coup de tonnerre, car point de monocoque pour Follet, mais un prao de dix mètres de long.

La victoire de Williams est entachée d’une irrégularité, contour de Nantucket, mais sans conséquence, pénalisé, il aurait emporté. Ce que le monde de la course à voile retient est la performance du petit prao Cheers et l’échec du favori de l’épreuve Éric Tabarly à bord de son trimaran révolutionnaire Pen Duick IV victime dès le départ d’une collision avec un cargo et des problèmes de mise au point avec son navire tous neuf. Cheers devient l’attraction de tous les passionnés de voile. Le navire à bien évidemment sa petite histoire…

Né en 1926  à  Hackensack dans l’état de New Jersey Richard « Dick » Newick enfant issu d’une famille de la classe moyenne grandit à Rutherford près de New York. Jeune, Newick s’intéresse à la réalisation d’un Kayack avec l’aide de son père et de son frère. Au bout de quelques mois, il teste sa création succès. Adulte, Newick  passe quelques années dans la Navy et étudie à l’université de Berkeley. Civil, il se tourne vers sa passion et dirige un commerce consacré à la vente de bateau. Marié, Newick s’installe  à Martha’s Vineyard dans le  Massachusetts et fonde une étude portant sur la réalisation de navire de plaisance.

Les Américains ne sont pas férus de course transocéanique. Ils préfèrent les régates. Newick n’a que faire de ses enfantillages. Il se met au travail et dessine Cheers le prao destiné à Tom Follet. C’est une réussite, car un prao n’est jamais facile à manier. C’est une construction légère, peu prédisposée pour la course au large.

Muni de cette réussite, Newick continue à plancher sur d’autres idées.

La réalisation de Pen Duick IV ne le pousse pas à changer sa perception de la course. Newick pense petit, léger, fiable et maniable, le tout pour un coût abordable pour le moindre acheteur. Peu après la réalisation de Cheers, il se lance dans la conception de son premier trimaran. Non de code ; Echo 36.

Le premier Echo lancé fait sensation. C’est un navire de onze mètres de long et neuf mètres de large réaliser avec plusieurs matériaux. Ses flotteurs sont reliés par deux ailes incurvées rattachées à une coque centrale étroite. C’est un bateau d’une grande simplicité, bâti pour la course en solitaire. Echo 36 est un succès, car outre le skipper désireux d’acquérir un « Newick », bon nombre d’amateurs de plaisance veulent posséder un Echo 36.

En quelques années, le modèle Echo 36 devient un mythe de la course au large et un navire de plaisance fort apprécié par les amateurs du genre. Malgré ce succès énorme, les Echo 36 ne remportent aucune course importante. Les navires adverses engagés sont plus grands et dans l’OSTAR 72, cette fois, Alain Colas qui a racheté Pen Duick IV à Tabarly l’emporte aisément sur la concurrence. Tom Follet se classe à la cinquième place avec un Echo 36.

Newick ne désarme pas. Au milieu des années soixante-dix, il fait la connaissance de deux marins orthodoxes et se lie d’amitié avec eux. Le premier, Phil Weld est américain. C’est un homme âgé, richissime brahmane, descendant direct d’un immigrant embarqué sur le Mayflower et grand amateur de course au large. Weld et Newick partagent la même passion, celle des multicoques. Weld déteste les régates et les monocoques qu’il trouve lents et inintéressants.

Newick et Weld deviennent proches. Au duo s’ajoute Walter Greene un ami de Newick qui possède un atelier dans l’État du Maine, spécialisé dans la réparation d’anciens voiliers. Greene est chargé de la construction des bateaux dessinés par Newick.

Le deuxième, Mike Birch est canadien. Mineur, ouvrier dans l’industrie pétrolière et cowboy dans une vie antérieure. Newick et le Canadien trouvent rapidement un accord. Le créateur de l’Echo 36 se met au travail et produit deux navires distincts pour ses nouveaux amis…

Aperçu d’un Echo 36

 https://www.youtube.com/watch?v=hfiLM4SnSD4

Les années qui suivent s’avèrent prolixes pour Newick. Ses bateaux, modèles Val 31 et Acappella, remportent plusieurs épreuves. Birch s’impose dans la première course du Rhum après un fabuleux duel avec Michel Malinovski sur son monocoque Kriter IV. Sans faire de bruit, Weld franchit la ligne sept heures plus tard et s’adjuge la troisième position…

Deux ans plus tard, Phil Weld remporte à son tour sur son Moxie, l’OSTAR 80 et rentre dans la légende de la course au large en remportant l’épreuve la plus prestigieuse des épreuves transocéaniques à l’âge de soixante-cinq ans…

Newick vole de succès en succès, néanmoins, la concurrence s’organise. De nouveaux bateaux apparaissent, dessinés par des ingénieurs français et britanniques.

Newick perd son leadership, car l’accroissement de la taille des nouveaux trimarans engendre une forme de désintérêt chez lui. Monsieur multicoque se retire en douceur. Il préfère s’occuper de sa famille et le fait de concevoir des bateaux de plaisance. Il disparaît en 2013…

De nos jours, les « Newick » sont recherchés par tous les amateurs de plaisance, enfin, le legs de Richard Newick demeure important. Les différentes classes de trimarans découlent des réalisations de Dick Newick, avec des navires plus profilés, conçus avec des matériaux composites et dotés des dernières technologies disponibles…

Modèle Acapella

http://www.histoiredeshalfs.com/50%20multis/G%20N6%20A%20Cap.htm