Phil Weld, le sorcier du Maine

Dans l’histoire…

Juin 1980, le skipper américain Phil Weld s’impose avec aisance dans l’OSTAR, la transat anglaise. Sous un soleil éclatent, le doyen de la course, soixante-cinq ans, amarre son cher trimaran Moxie sur un ponton de Groat Island. Hilare, Weld se lance dans une série d’interviews avec des dizaines de journalistes venues pour la plupart du vieux continent. Il est le premier américain à s’imposer dans une course transocéanique. Pour Weld c’est un jour béni, néanmoins l’Amérique ne partage pas son enthousiasme. Aux États-Unis, la régate est la seule compétition qui passionne les amateurs de voile…

 

 Journaliste, aventurier et éditeur

Philip Saltonstall Weld né en 1914 est issue d’une famille richissime de la côte Est et descendant directement du Mayflower. Adulte, Weld suit un parcours dans l’Édition. Il devient entre autres l’éditeur du journal de l’université de Harvard.

Durant le second conflit mondial, il intègre les Maraudeurs, une unité terrestre spécialisée dans des opérations en Birmanie, notamment. Décoré de la Silver Star, il retourne à la vie civile. Marié et père de deux enfants, Weld se remet au journalisme et à l’édition, mais il s’ennuie…

Passionné par la voile, il fait l’acquisition d’un bateau et navigue le plus souvent entre Boston et Miami. Au tout début des années soixante, Weld commence à regarder de près les courses transocéaniques. La création de la transat anglaise  agit sur lui comme un détonateur. Weld n’aime pas les régates, une discipline prisée par l’aristocratie de la côte Est. L’America’s Cup et ses grands monocoques ne l’intéressent pas et l’apparition de trimarans qu’il entrevoit dans l’OSTAR, le conforte dans ses idées…

 

Premières courses

Weld fait l’acquisition d’un trimaran avec lequel il se familiarise. Quelques années plus tard, il fait la connaissance de Richard Newick concepteur de trimaran. Les deux hommes parlent la même langue et deviennent ami. Newick conçoit un premier navire avec lequel Weld s’engage pour participer à l’OSTAR -72. Weld n’a pas le temps de mettre au point son bateau baptisé Trumpeter alors qu’il prend le départ, il est rapidement assailli par de multiples problèmes techniques. Il finit à une décevante vingt-septième place.

Pour Weld, c’est une leçon. Désireux d’être aux commandes d’un navire plus grand, Newick et Weld optent pour la construction d’un trimaran de dix-huit mètres doté de trois bras relié aux flotteurs. Baptisé Gulfstreamer, Weld commence à s’entraîner avec sa nouvelle merveille. Alors qu’il quitte Miami pour rejoindre Plymouth en vue de l’OSTAR-76, Gulfstreamer est pris dans une tempête et chavire au large des Bermudes. Weld et son équipier restent quatre jours à attendre les secours…

Pour Weld c’est un signe du destin. Lui qui s’est toujours rêvé dans la peau d’un vieux loup de mer, le voilà désormais considéré comme tel.  Gulfstreamer est momentanément perdu. Il sera récupéré, mais tardivement. Weld s’engage dans la première course du Rhum et commande une copie de Gulfstreamer doté de quelques améliorations.

 

Le podium avant la victoire

À la barre de son Rogue Wave, Weld prend la troisième place, passant un peu inaperçu suite au duel de légende entre Malinovski et Birch. Le skiper américain est partagé entre la déception, il franchit la ligne d’arrivée sept heures plus tard, et une certaine satisfaction du fait d’être proche de la première place et surtout d’avoir mené son navire sans encombre, jusqu’au bout. Pour Weld, rendez-vous est pris. La prochaine course sera la bonne…

Dès son retour aux États-Unis, il s’entretient avec Dick Newick et les deux hommes planifient la construction d’un nouveau bateau. L’année suivante, « le sorcier du Maine » prend livraison de son dernier jouet. Il le baptise  Moxie qui se traduit par courageux. Weld se met rapidement à la barre de son trimaran de treize mètres et avale les miles. Il teste son bateau dans toutes les situations et acquiert un savoir considérable sur les forces et faiblesses de son cher Moxie. Cette fois, le vieux est fin prêt…

 

La course

Quatre-vingt-dix bateaux participent à l’épreuve. Le vieux fait partie des favoris. L’américain se méfie des Français, dont Éric Tabarly et son Paul Ricard qui a subi une cure d’amaigrissement. Manque de chance pour ce dernier, il se blesse lors d’une chute de ski. Marc Pajot le remplace au pied levé …

Pour Weld c’est maintenant ou jamais. Dès le départ, il se porte aux avant-postes, puis se positionne dans le trio de tête. Au bout de quelques jours de course, il prend la première place alors que certains de ses adversaires connaissent des ennuis de fortune et d’autres abandonnent. Le vieux trace sa route et déjoue les pièges tendus par la météo. Après dix-sept jours de course, record de la traversée en poche, il apparaît sous un soleil qui illumine Newport et passe la ligne d’arrivée en accrochant la banière étoilé sur Moxie…

Cette victoire couronne la quête d’un homme qui voulait rendre hommage à un ancêtre parti pour le Nouveau Monde… Peu après, Weld se retire.

 

Frondeur

Activiste dans bien des domaines, Phil Weld ne se privait pas de dire ce qu’il pensait. Il fut à plusieurs reprises ulcéré de voir la manière dont Harvard était dirigé. Parti pris, réseaux, cloisonnement. Pour lui, Harvard était synonyme de Veritas ou rien !

Quatre ans après son exploit, Phil Weld s’en est allé victime d’une crise cardiaque alors qu’il sortait d’une réunion à Harvard…