Il était une fois José Ribamar

São Paulo, août 1974. Un homme un brin rondouillard déambule dans une rue d’un quartier de la grande cité pauliste. Pris d’un vertige, il se cramponne à un muret. Il ressent une douleur et s’écroule. Les secours arrivent, mais il est trop tard. José Ribamar de Oliveira est mort victime d’un accident cérébral à l’âge de quarante et un ans.

Il était une fois José Ribamar de Oliveira

José Ribamar de Oliveira voit le jour en septembre 1932 dans l’État du Maranhão. Son père est routier et José abandonne tôt l’école pour aider sa mère. Comme tout enfant de son âge, la balle devient un objet familier au grand désappointement du paternel qui n’est pas un féru de fútbol. La sphère en cuir  est un instrument fascinant qui permet à l’enfant de s’évader le temps d’un instant. Pour le gamin, chaque occasion est la bienvenue pour jongler avec n’importe quoi, car il y a urgence chez le petit José …

Adolescent, il joue dans un petit club de quartier. Plus tard, il intègre l’America local puis un scout du FC São Paulo le remarque. Quelque temps après, José enfile la camisa rouge et noir du club de São Paulo. Ses débuts sont excellents. Au poste d’ailier gauche, il fait des étincelles. Il y a urgence chez José…

Un de ces coups favoris consiste à se coller à la ligne de touche. Il attend le défenseur qui vient vers lui et là, il exécute une feinte à droite puis une autre à gauche et laisse son opposant sur le carreau. C’est un dribbleur né. Certes, il est peu productif, mais son jeu reste déroutant pour l’adversaire. José n’est pas un footballeur ordinaire. Il ne joue pas pour la gloire et l’argent, mais pour se faire plaisir. C’est un jouisseur…

Il fait partie de ces rares joueurs qui font l’amour à la foule sans trop se soucier du résultat de sa propre équipe, ce qui met son entraîneur et futur sélectionneur Feola en colère. De toute façon, il y a urgence chez José…

En 1955, il débute chez les auriverde et marque contre le Paraguay son seul but en sélection. Avec son tempérament de feu, il ne supporte pas la discipline qui règne dans la Seleção et les conflits avec Feola sont très nombreux, et puis José déteste l’avion. Il boit énormément pour chasser sa peur. Il est finalement écarté tout comme Gino Orlando son coéquipier en club pour le Mondial qui se déroule en Suède au profit des cariocas Vava et Mario Zagallo. Malgré cette déception, il reste toujours aussi efficace avec son club au point d’être un des tout premiers joueurs au monde qui affiche un fan-club.

Au sein du grand club pauliste, il mène une double vie entre les stades et les boîtes de nuit. Il dribble ses verres d’alcool et les cordes de guitare comme ses adversaires et laisse la musique et l’alcool prendre possession de son corps. Rien ne le détourne de ses addictions, pas même la femme qu’il épouse et les deux enfants qu’elle lui donne. Au royaume des nuits sans fin, il se consume petit à petit. Il y a urgence chez José…

Lors d’une rencontre face aux Corinthians, il se blesse sérieusement. Malgré une guérison satisfaisante, il n’est plus le même. Il a perdu un peu d’élasticité au niveau de ses articulations. En 1963, le club Tricolor le cède aux Mexicains du Deportivo Toluca. José n’est pas dépaysé par cette destination, car c’est la possibilité de s’adonner à ses plaisirs. Il intègre entre autres un groupe musical. Plus tard, il revient au pays et opère dans des clubs de second ordre. En 1974, l’année de sa disparition on   l’aperçoit à Bogota, tel un despérado qui cherche sa rédemption.

À force d’avoir dribblé la vie, cette dernière a fini par le rattraper. Mille critiques ont été émises sur José du fait de son comportement. Cependant, quand on dissèque son parcours, un fait revient en boucle. L’enfant du Maranhão n’a jamais tourné le dos à son art. De nos jours, celui qui était l’autre Garrincha et qui jouait en arborant le nom de scène de « Canhoteiro », car c’était un artiste, reste un des plus grands joueurs de l’histoire du football brésilien bien que sa  production reste discutée par une minorité d’experts. Le destin à choisit Pelé et Garrincha pour guider le Brésil, pas Canhoteiro. Peu importe, où qu’il soit, il n’y a plus urgence pour José…