Il était une fois Bob Meusel

C’est de bonne guerre de vouloir hiérarchiser en permanence des champions issus de diverses disciplines sportives. Tous les médias et amateurs de sport se livre sans cesse à des comparatifs qui mélange statistiques, charisme et bien d’autres paramètres. Il existe pourtant une catégorie de champion constamment laissé de côté. Il y a comme ça des acteurs du jeu qui traverse leur époque. Ils gagnent, mais ils n’imprègnent pas la mémoire collective, des gens comme les autres…

En 1920 le propriétaire des New-York-Yankees engage Bob Meusel jeune joueur des Vernon Tigers, une franchise qui évolue en PCL* en Californie. Ses débuts sous la tunique des Yankees sont excellents. Il devient starter dès la deuxième saison, mais déjà Meusel semble ne pas vouloir en faire plus. Peu après les Yankees arrache Babe Ruth aux Red Sox et construit le Yankee Stadium.

Pulsé la franchise New-Yorkaise montre le bout de son nez et s’installe peu à peu au sommet de la Major league. Un tas de joueurs intègre les Yankees et beaucoup accèdent à la postérité. Durant les années 20, les Yanks alignent le “Murderers row” une ligne de batteur exceptionnel composé de Earl Combs, Mark Koenig, Babe Ruth, Lou Gehrig, Bob Meusel et Tony Lazzeri, le mur le plus légendaire de l’histoire du Baseball sacralisé par son titre de champion en 1927.

Début du XX siècle, le base-ball est le seul jeu répandu dans le pays, les joueurs deviennent les nouvelles vedettes de la société aux côtés des artistes de théâtre du music-hall et stars du cinéma muet. Babe Ruth incarne ce nouveau héros de l’Amérique. À coup de grandes phrases teinté de polémique et de première page des journaux, il popularise plus que personne le jeu.

Au milieu de toutes ses stars, Bob Meusel se fait discret, mais son jeu ne laisse pas indifférent la presse. Le joueur est qualifié de cogneur chirurgical, sa moyenne à la batte est la meilleure derrière Ruth et jusqu’à l’avènement de Gehrig. Dans le civil Meusel reste en dehors du cirque médiatique qui entoure les Yankees, avare en interview et en démonstration publique en tout genre, il laisse ça aux autres. Lou Gehrig est le seul joueur avec qui il construit une amitié sincère …..

Après son départ pour les Cincinnati Reds en 1930, les mauvaises langues se délient. Certains pensent que Meusel n’a jamais fait l’effort d’aller plus loin dans son art. Qu’il se soit contenté de vivre de ses dons sans chercher à développer ses qualités alors qu’il était du même calibre que Ruth ou Gehrig. Qu’il était paresseux refusant de fléchir sur les balles basses, qu’il avait un problème avec l’alcool et les femmes…

Deux ans plus tard Bob Meusel se retire et repart sous le soleil californien, après quelques saisons en PCL, il raccroche gant et batte et coupe avec le monde du baseball.

Bob Meusel retrouve sa famille à Los Angeles dont son frère Emil, ancien professionnel en Major League. Il entame avec sa femme et sa fille une nouvelle vie. Il devient agent de sécurité dans une base militaire puis au terminal de Long Beach. Durant cette deuxième vie, il réapparaît à quelques reprises sur le devant de la scène. Il est présent lors du retrait de son ami Lou Gehrig puis à son décès, il participe au film qui lui rend hommage avec Gary Cooper en vedette et à un autre film sur Babe Ruth juste avant sa disparition. C’est à la demande de sa fille qu’il reprend la batte devant la caméra, car elle ne l’avait jamais vu joué.

La célébrité et ce qui en découle furent un problème pour Bob Meusel. C’est une contrainte qui peut-être vécut comme positive ou négative selon le caractère de la personne. Bob Meusel n’a jamais rêvé de gloire sur le plan personnel même si ses qualités pouvaient le mener au firmament du baseball. Son rejet de la célébrité a sans doute joué un rôle majeur dans son effacement, il décède en 1977 en Californie à l’âge de 81ans. De mémoire on ne la jamais aperçu durant sa seconde vie du côté du Dodgers Stadium de Los Angeles. Joueur légendaire, il ne fait pas partie du Hall-fame. Il est par contre toujours codétenteur du record de trois cycles** en Major League.

*PCL, Pacific Coast League.

Ligue qui réunit des franchises californiennes.

**Trois cycles.

Joueur qui réussit quatre coups gagnants, en éliminant tour à tour les joueurs en première base en deuxième base, en troisième base suivi d’un home run pour finir en une seule partie.