Il était une fois Quini

Enrique Castro González vient au monde le 23 septembre 1949 à Oviedo, capitale de la communauté autonome et de la province des Asturies. Il est l’aîné d’une famille de trois enfants. Vers le début des années cinquante Enrique et ses parents quittent Oviedo pour Llaranes. Les Castro habitent un modèle de maison mise à disposition pour les employés de l’entreprise de sidérurgie d’Ensidesa dans laquelle travaille son père. Durant son enfance, Enrique joue au football. C’est au Collège des Pères Salésiens de Llaranes qu’il intègre des équipes de jeune en compagnie de ses deux frères. À l’âge de dix-huit ans, il rejoint l’équipe première du club d’Ensidesa qui évolue en troisième division. Bien qu’il préfère jouer dans l’axe, il débute au poste d’ailier gauche. Lors de cette première saison, il marque une vingtaine de buts. Les dirigeants du Real Oviedo se manifestent. Cependant,  son père s’oppose à ce que son fils s’engage pour le club d’Oviedo. La junte du Sporting Gijón saute sur l’occasion pour le faire signer bien que le père de Quini n’est pas très chaud de voir son fils quitter le club de l’entreprise.

 

Carrière

Enrique débarque dans le monde du football professionnel à un moment ou El Gijón se trouve en deuxième division et espère retrouver l’élite du football espagnol. Quini, surnom de son père débute le 29 décembre 1968 au stade du Molinón face au Racing Club de Ferrol. Lors de sa troisième sortie sous le maillot du Sporting, il claque son premier triplé face au FC Séville dans son antre du Stade Sanchez-Pizjuan. La légende est en marche…

Quini se distingue en finissant meilleur marqueur de la deuxième division. El Gijón monte en primera et il devient le joueur leader de son équipe. Il a aussi la satisfaction de voir son frère Jésus intégrer le club au poste de gardien de but en tant que doublure. Quini anime durant une dizaine d’années l’attaque du Sporting qui se mêle par intermittence aux premières places du championnat à la lutte avec les grands d’Espagne.  El Gijón fait la misère aux puissants et Quini devient meilleur buteur de la Liga en 1974  et 1976. Cette saison est compliquée pour le club de Quini. El Gijón passe à côté de son sujet et redescend en deuxième division. Quini  ne désarme pas. Il n’est pas un homme a quitter le navire en perdition. Il marque en une saison suffisamment de buts pour ramener son club en Liga . Aussitôt, Quini reprend ses habitudes au point de décrocher en 1980 un troisième trophée du meilleur Pichichi de la Liga.

En fonction de ses origines et de son football, Quini n’était pas prédisposé à jouer un jour pour les puissants. Trop de compromis, de futilité, d’arrogance chez les dominants. Quini, c’est l’homme d’une seule femme, d’une seule passion, d’une seule terre, mais il a dépassé la trentaine. Un transfert au Real Madrid est exclu vu les relations exacerbées qui existent entre les deux clubs suite à une série de rencontres durant les années soixante-dix entachées de faute d’arbitrage, le plus souvent en défaveur du Sporting. Les frontières de l’Italie étant fermées et le football anglais n’est pas encore devenu la représentation avant-gardiste du libéralisme anglo-saxon. Cependant, Quini et son club finirent par accepter l’offre provenant du FC Barcelone qui n’a plus d’avant-centre suite au départ de Hans Krankl vers son pays natal.

Quini passe quatre années à Barcelone. Associé à Bernd Schuster, Diego Maradona et Alan Simonsen, il continue à scorer et décroche deux nouveaux titres de meilleur buteur de la Liga. Néanmoins, son séjour en Catalogne est marqué par un drame. Quini est victime d’un rapt qui retient l’attention de toute la nation. Ii en ressort profondément atteint, mais pardonne à ses ravisseurs qui avaient perdu leur emploi. Ils n’avaient rien trouvé d’autre que de kidnapper une grande vedette du football ibérique pour réclamer une rançon au FC Barcelone. Tel était Quini, un homme qui avait conscience d’être un privilégié, et qui était resté humain. À l’âge de trente-quatre ans, il quitte Barcelone et retourne à Gijón. Il retrouve son cher Molinón, l’antre de ses exploits. Il joue par intermittence durant trois années et inscrit une vingtaine de buts en soixante rencontres.

 

La sélection.

Quini a connu l’échec sous le maillot de la Roja. 8 buts en 35 sélections. Ce manque de productivité s’explique par le différentiel qui existait en matière de culture jeu entre les clubs dominants du championnat d’Espagne. Les meilleurs joueurs n’évoluaient pas sur la même partition. Comme d’autres joueurs réputés, Quini a fait les frais de cette situation. Pourtant, l’Espagne tenait en lui un leader. Il aurait dû être désigné comme le patron de la Roja, durant le mondial en Espagne.

Le joueur

El brujo n’avait rien d’un sorcier. Quini était l’archétype du joueur que l’on trouve dans le nord de l’Espagne. Un joueur sobre avec ce mélange de footballeur anglais appliqué, professoral dans ses gestes associé à un jeu de tête très varié et le footballeur latin, une bonne technique et  le sens du placement. Un joueur élégant, agréable à voir évoluer sur les pelouses.

En fonction de son état général, on se demande à qu’elle faculté, il faisait appel pour garder son sang-froid et sa bonhomie dans ce football de la mort qui a tant caractérisé la Liga dans les années 70’s et 80’s ?  Quini était un homme bon. Il ne faisait rien pour attirer la lumière. C’était un footballeur au vrai sens du terme. Vu le savoir-faire qu’il possédait, on imagine aisément Quini au milieu des défenses actuelles…

Après son décès, le monde du football et bien au-delà a rendu un vibrant hommage à celui qui souffrait d’un cancer de la gorge et qui était l’incarnation de son club. Bien des années auparavant, Quini avait perdu son frère Jésus qui s’était noyé après avoir porté secours à un père et son fils en détresse. Tel était la fratrie Castro…