Ignorants ou manipulateurs ? 

 

Récemment, l’hebdomadaire France-Football, bien connu des amateurs de football s’est fendu d’un numéro particulier. Sous la férule des journalistes Patrick Urbini et Thierry Marchand, la rédaction a publié un top 50 des plus grands entraîneurs de l’histoire du football. Ce classement se veut être une référence qui ne peut être remis en cause.

 

Dérive

Il y a des années que le groupe de presse qui possède les titres de France-Football et l’Equipe à entamer une dérive. Ses publications qui se sont introniser dépositaire du savoir et de la morale ne se focalise plus sur le traitement de l’information. L’équipe et FF font dans l’agitation. Promeuvent les caciques du mondialisme à tout bout de champ – le sport professionnel est un excellent vecteur –  et s’applique à vouloir faire et défaire des carrières !

 

Concept absurde

Faire ce type de classement procède d’une méthodologie plus que suspecte. On ne compare pas les époques. Les contextes étant différents. Néanmoins, la tentation est grande. Elle peut s’avérer utile, mais à condition de s’inscrire dans la compréhension du jeu. Ses transformations et le pourquoi de ses évolutions.

 

Eurocentrisme

Un premier fait apparaît à la simple découverte de ce classement. La totalité des entraîneurs est européens ou presque. Le clownesque Argentin Diego Simeone émarge à la  31e position. Le déchiffreur brésilien Télé Santana – il a sa place dans les 50 – occupe le 35e rang et l’alchimiste argentin Bielsa pointe à la 48e place.

Ainsi, en fonction de ce que Marchand et Urbini présentent, le jeu né en Angleterre s’est construit – style et tactique – en Europe, uniquement. Exit le Rio de la Plata. L’Europe et rien que l’Europe. Une position qui nous renvoie à un eurocentrisme décomplexé.  Je préfère croire à un manque manifeste de savoir et à un partisanisme des plus absurde qu’a un autre élément bien plus désagréable. Quand on déni aux autres le droit d’exister et le fait d’avoir plus que participer au développement et à l’élaboration du jeu dans ses moindres détails, il y a des termes qui désigne cette position !

 

Partisans   

Urbini et Marchand partent du préambule qu’il faut se substituer aux faits. Point d’analyse et des mécanismes humains qui ont emmené le football à se diversifier. Ses professionnels de l’information préfèrent écrire un roman. Leur histoire ! Mais voilà. On ne peut changer le passé. Peu importe. Pour Urbini et Marchand, réécrire l’histoire du football à leur convenance est une mission de la plus haute importance. L’hebdomadaire France-Football s’en est fait une spécialité. Néanmoins, quand on s’autoproclame historien du jeu, la moindre des choses est de laisser toute forme de parti-pris de côté. D’analyser les faits et rien que les faits et d’apporter le maximum de réponses à tous les amateurs de football.

Dans cette affaire, ils agissent en partisans et non en analystes !

 

Le sens des comparaisons

Leur classement comporte plus d’une tare. Un simple exemple, car ils sont trop nombreux à énumérer. Dans leur hiérarchie, Alex Fergusson occupe la 2e place et Bill Shankly le 10e rang.

Simple rappel. Bill Shankly débarque en 1959 à Liverpool. Il trouve un club qui végète en deuxième division. Il le dynamise, le ramène en première division et permet au Reds de découvrir l’Europe. Il cultive les moindres aspects de ce club ouvrier, et le plus important. Il forme des gens qui prennent sa suite. Bob Paisley, Joe Fagan. Ce qui permet au club de rester au plus haut niveau en Angleterre et en Europe.

Alex Fergusson atterrit en 1986 dans un club de Manchester bourré de millions et de vedettes sur le terrain. Il met des années pour remporté son premier titre sur le plan national. Une époque où le football pluriel disparaît pour aboutir à un jeu globalisé. Enfin, un Fergusson qui n’hésite pas à employer des méthodes plus que  suspectes pour s’imposer durablement en Angleterre, mais pas question de préparer le futur. Après lui, le déluge!

Ne mégotons pas sur la forme. Il faut être bien plus que partisan pour oser mettre en balance les deux hommes suite à leur parcours respectif dans le monde du football. Donner une légitimité au présent est un devoir de la plus haute importance pour les gens de FF.

 

Ignorance

L’analyse d’Urbini et Marchand s’appuie sur des dogmes édifiés par leur prédécesseur et répéter mille fois. Le livre – La pyramide inversée – du journaliste anglais Jonathan Wilson leur sert aussi de fil conducteur.

Dans son vaste ouvrage – un fatras d’inexactitudes – Wilson se contente de décrire, comment le jeu s’est développé sur les deux continents. Cependant, il n’insiste pas sur les causes qui ont mené le jeu en Europe à se contracter et se codifier. Son analyse n’apporte rien de nouveau sans parler du chapitre concernant le Brésil truffé d’âneries. Lui aussi serait-il un ignorant ou un manipulateur ?

L’Europe n’a presque rien créé en matière de football. Seul l’Angleterre – ce qui peut apparaître comme un paradoxe – à fait preuve de créativité durant tout le XX siècle. L’écrasante majorité des écoles de pensée – style et tactique – proviennent du Rio de la Plata. Qu’il soit positif ou négatif. C’est un fait qui ne peut être remis en question. Alors, pourquoi cette volonté manifeste de l’ignorer dans ce qui est un journal des plus représentatif de la presse-football en Europe ? Il en est de même avec la revue The Blizzard et son mentor Jonathan Wilson.

 

Simple logique

Il y a une logique à ce que le jeu se soit développé de multiples façons sur les bords du Rio de la Plata et non en Europe. L’absence d’un football contrôlé par les élites et les bourgeoisies locales a libéré le jeu et le potentiel de tout un chacun. L’écrivain Eduardo Galeano à très bien expliquer ce processus. 

Quand on veut impressionné son assistance on énonce quelques noms inconnus du public et de beaucoup d’amateur de football. Le fait de citer un entraîneur tel qu’Izidor Kürschner comme fil conducteur du jeu d’Europe en Amérique du Sud, les disqualifie sur le champ. Kürschner appartient à une époque où un nombre conséquent d’entraîneurs  étaient des aventuriers. Un tantinet escrocs – Britanniques et Danubiens -. Très habile à enseigner un savoir appris à la va-vite à des gens crédules. Dori Kürschner ne trouvera rien d’autre que d’imposer un aspect défensif aux formations cariocas et un certain mode de préparation qui n’a rien faire dans le football. Un vendeur de fioles.

 

Le contrôle du jeu

France-Football est une citadelle du cruyffisme. Idem pour le reste de la presse spécialisée hexagonale. Volonté revendiquée d’un jeu globalisé, simplifié et mondialisé. L’intensité physique comme réponse à la création.

Le football total est un concept idéologique qui repose sous la soumission complète d’une équipe à un schéma de jeu. Tout le monde en rang et un chef pour guider la troupe. Pour qui aime le geste bien fait et l’initiative personnelle qui sert le collectif, il y a des aspects rebutants dans la dialectique du football total qui ne peut se concevoir sans avoir recours au dopage. Le football total est l’antithèse du jeu tout court basé sur la création. Michels la décrit, parfaitement !

Michels et Cruyff n’ont pas libéré le jeu. Ils ont accentué sa codification pour les besoins de la société du spectacle. L’architecte néerlandais est à l’origine de l’émanation du coach produit du monde de l’entreprise avec comme aboutissement. L’infantilisation et la robotisation des joueurs sur le terrain. Quant à Cruyff, il est une réponse de l’Europe du football à l’Amérique du Sud. Le possédant hargneux aux pauvres diables. La laideur bourgeoise à la beauté naturelle.

 

Blocages

Urbini, Marchand et leurs confrères sont-ils des ignorants ? Sur bien des points, oui. Néanmoins, ses gens possèdent un savoir amplement suffisant pour éviter d’utiliser leur tribune pour verser dans une propagande qui accouche d’un résultat qui oscille entre bêtise et forfaiture !

Décidément, tout ce qui est codifié les rassure. Peur du talent brut. D’où leur rejet voilé de Maradona et leur dévotion pour Messi. Le coït sous contrôle !