Hors la loi

1968. L’ancien joueur professionnel Pancho Segura qui officie au Berveley-Hills tennis club en Californie à rendez-vous avec une famille pour évaluer une jeune recrue. Face à lui se dresse une femme âgée d’une quarantaine d’années, épaulée par sa mère et accompagnée par un jeune homme. Après quelques balles échangées avec l’adolescent, Segura est médusé et interroge la maman. “Madame, votre fils joue comme une fille avec un corps d’homme” ! La phrase de Segura est suffisante pour décrire ce que serra Jimmy Connors sur un court de Tennis. Segura comprend que ce jeune garçon et sa manière de jouer au tennis est le résultat de sa mère. Néanmoins, vu le niveau de jeu de l’adolescent, il le récupère pour le préparer à affronter le monde des professionnels.

 

À l’écart des autres

James Scott Connors est natif d’East St Louis, une petite localité de l’Illinois. Rapidement, la famille déménage et s’installe à Belleville dans la banlieue de St Louis dans le Missouri. Enfant, le jeune Connors évite les camarades de son âge, il se contente de les côtoyer à l’école. Il passe le plus clair de son temps en compagnie de sa mère et de sa grand-mère toutes deux anciennes joueuses. Connors ne s’en est jamais caché. C’est pendant de longues heures où il jouait avec grand-mère Bertha et maman Gloria sur le court attenant à leur maison – construit par mom – qu’il vécut les meilleurs moments de sa jeune existence. Adolescent, il flashe sur une nouvelle raquette que le fabricant Lacoste vient d’introduire sur le marché, repris par la firme Wilson. C’est une raquette tout en métal. C’est la seule chose que Gloria lui concède guère convaincue par ce drôle d’engin. Cet outil argenté va accompagner Connors durant presque toute sa carrière…

 

Un jeu de fille couplé à l’agressivité d’un homme

Après une année à l’université d’UCLA, il débute sur le circuit ATP. Malgré l’agressivité du joueur, on détecte facilement les traces féminines dans son jeu observé par Segura. Son coup droit cassé et joué le plus souvent à plat et slicé. Son service, une simple remise en jeu. Ses petits pas pour se positionner face à la balle et ses attaques exécutées en demi-volée correspond à une attitude que l’on retrouve chez la plupart des joueuses de son époque.

Le seul point fort du jeune américain réside dans son revers slicé à deux mains, jamais copié. Après deux années sur le circuit professionnel, il écrase la saison 1974. Il ne laisse que des miettes à ses adversaires. Le garçon effraie l’establishment du tennis, car il échappe aux habituelles références de l’époque. Coups laser, jeu plat et slicé. Revers à deux mains, prise de risque maximale dans sa longueur de balle, ses attaques en revers et le fameux skyhook, le smash bras roulé sont la marque du tout nouveau terminator du tennis mondial.

L’homme est peut intéresser par la presse. Il se coupe du public en général bien qu’il soit jovial en dehors des courts. Certains pensent que la mère est la source des problèmes entre le jeune champion et les différents protagonistes du circuit professionnel, joueurs médias et publics. Accuser la mère est un peu facile même s’il y a un fond de vérité. Elle accompagne son fils aux quatre coins du monde puis se retire en douceur. Tour à tour son frère aîné John puis son épouse prennent le relais. Sur le plan extérieur, Spencer Segura fils de son entraîneur et Doug Henderson un auteur et journaliste afro-américain demeure les seuls amis proches du champion.

 

Au nom de sa mère

Connors n’était que le prolongement de sa mère sur un court de tennis. Il portait en lui tous les stigmates d’une mère – classé numéro 15 US – qui n’avait pu assouvir ses rêves évanouis de grande joueuse due à un mariage sans relief. Ce jeune homme qui exécutait jusque à humilier certains de ses opposants en jouent comme une femme couplée à l’agressivité d’un homme, muni d’une foi absolue dans son jeu et la haine qui le guidait, c’était son œuvre !

Borg fut le rempart qui a empêché l’américain d’écraser le tennis mondial de la tête et des épaules durant de longues années. Le suédois dominé lors des premières saisons finit par imiter certains de ses adversaires. Pour battre Connors, il faut l’immobilisé au milieu du court, le priver de vitesse. Malgré certaines idées reçues – elles sont nombreuses au sujet de l’américain – Connors n’était pas un cogneur sur un court de tennis. Son revers et parfois son coup droit jouer à plat ou slicé symbolisait l’antithèse du joueur puissant, imposant un tennis basé sur le physique.

 

L’étranger

Connors rencontre des difficultés durant ses premières années avec la presse à l’image de son alter ego, Pete Rose dans le baseball. Il ne peut endiguer l’habituel racisme de classe auquel sont soumis les jeunes champions du Middle West face aux préjugés et attaques de la presse de la côte Est. Un racisme de classe qui atteint son apogée face à John McEnroe. Les médias et le public vont longtemps rejeter cet étranger à leur monde. Ce sale type, ce redneck de St Louis aux manières grossières et son jeu subversif qui s’est affranchi des codes fixés par la haute société qui dirige le monde amateur et professionnel du tennis. Pour toute réponse, Connors emmène un public d’essence populaire à investir les gradins et les courts de tennis. C’est par un acte de contrition que ce hors-la-loi gagne un certain respect envers cette autre Amérique. Lors d’une victoire à l’US Open il déclare aux New-Yorkais “ je sais que vous ne m’aimez pas, mais moi je vous aime “.

Difficile de savoir qui se trouvait derrière cette opération séduction tant la liaison mère fils était fusionnelle. Vieillissant et plus que titré, il ne rate jamais l’occasion de converser longuement avec sa mère au sujet de ses performances et cela jusque à son ultime coup de raquette. Malgré certains échecs retentissants, Connors fut toujours persuadé au fond de lui – il est encore – qu’il était le meilleur joueur de son époque. Il reçut des conseils d’un tas d’anciens joueurs du circuit pour en finir avec Borg. Sa réponse fut la même “ merci, mais je peux rien changer à ma manière de jouer “. Changer cette façon de jouer, c’était trahir la relation mère-fils qui était au cœur de l’action du champion.

Lors de son intronisation au Hall of Fame, Gloria provoque un incident. La place donner à son fils n’est pas assez grande. Les administrateurs du club s’exécutent séance tenante. Malgré une popularité venue sur le tard, l’homme n’a jamais rien changé à sa trajectoire. Il y a quelques années bien avant la détente et le début de normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis, il se rend à La Havane à la demande de la fédération cubaine de tennis pour visiter les installations sportives et échanger quelques balles avec les responsables locaux.

Paradoxalement, l’homme est resté imperturbable face à sa place laissée dans l’histoire du tennis. Il ne fut jamais intéressé par les statistiques ou les records en tout genre bien qu’il en détient quelque un et pas les moindres. Il a toujours écarté d’un revers de main ses histoires. Sa seule satisfaction fut d’être comme il le dit lui-même, un joueur hors catégorie – « personne n’a joué…….et ne jouera comme moi !“.

 

 

 

 

 

 

 

 

Livre  –  The Outsider: A memoir / Harper