Hermann Neuberger, puissance de l’ombre.

1974, le brésilien João Havelange est intronisé au poste de président de la FIFA. D’emblée Havelange désigne Hermann Neuberger père de l’organisation de la Coupe du Monde 1974 en République fédérale d’Allemagne en tant que vice-président.

Havelange-Neuberger un duo implacable qui va régner sans partage sur la planète football durant vingt ans. Hermann Neuberger né en 1919 dans la ville de Hombourg dans la Sarre. À l’orée du conflit, il intègre les rangs de l’armée.  L’homme est resté assez vague sur ses années de service. Il sert dans l’Afrika Korps puis rejoins un détachement de la Wehrmacht dans une Italie en pleine débâcle. Adi Dassler créateur d’Adidas aurait confié au reporter anglais Brian Glanville, que Neuberger lui a affirmé qu’il était chargé de certaines actions de représailles dans la capitale italienne. Cette accusation n’a jamais été prouvée.

Après la fin du conflit, Neuberger se tourne vers le journalisme. Il travaille pour le quotidien de Sarrebruck à la rubrique des sports. Il s’investit également à cette époque dans le domaine administratif. Il intègre la ligue de football de Sarre dont il devient le président.

Peu après, on le retrouve rédacteur en chef d’un mensuel basé dans La Sarre avec lequel, il collabore jusqu’aux années quatre-vingt. C’est un homme actif et influent au point d’être un des pères de la Bundesliga au tout début des années soixante. La compétition allemande adopte le principe des championnats européens avec une formule à trente-quatre journées délaissant le traditionnel concept des ligues régionales mettant aux prises les vainqueurs dans un tableau final à élimination directe. Des dizaines de clubs qui ont côtoyé le haut niveau et remporté le titre national sont déclassés sur le champ.

Vers la fin des années soixante, Neuberger accède à la vice-présidence de la fédération allemande et prend en main l’organisation de la Coupe du Monde, 1974. Joao Havelange candidat à la présidence de la FIFA connaît Neuberger. Il est impressionné par son travail. Havelange élu, Neuberger devient le numéro deux de la FIFA obtient la présidence de la fédération allemande. Durant le déroulement du Mondial en Argentine, éclate un scandale dans les journaux allemands, car Neuberger semble soutenir le pouvoir des généraux. Face à cette vague d’hypocrisie. La CIA et les gouvernements occidentaux sponsorisent la dictature de Videla, car de nature libérale et anti péroniste.

Lors du séjour de la mannschaft au centre d’Ascochinga près de Cordoba, il invite un de ses amis, le fameux Hans-Ulrich Rudel, l’as des as de la Luftwaffe durant la Seconde Guerre mondiale. Immigré en Argentine, le colonel Rudel fonde une organisation secrète la « Kameradenwerk » qui vient en aide à tous les nazis recherchés pour crime de guerre. Cela provoque un tôlé dans la presse en Allemagne. Malgré tout, Neuberger demeure intouchable et reste l’incontournable numéro deux de la FIFA et numéro un du football germanique.

À travers son parcours dans le football allemand et les instances de la FIFA, Neuberger fut suspecté d’avoir eu la mainmise sur le corps arbitral, ce qui expliquerait le très fameux France-RFA de Séville avec un référé dévoué corps et âme à la mannschaft. Lors des coupes du monde qui coïncident avec le règne d’Havelange et Neuberger à la FIFA, le Brésil et l’Allemagne ne s’affrontent pas, même si en 1986 une demi-finale entre les deux sélections fut possible. L’omniprésence de la firme Adidas en tant que fournisseur officiel de la FIFA dans le cadre des phases finales de Coupe du Monde est due à son action, ce qui permit à João Havelange d’être élu président de la FIFA.

Il en est de même pour les clubs allemands rarement confrontés à un arbitrage défavorable dans les différentes compétitions européennes durant les années soixante-dix et quatre-vingt. L’homme était respecté et craint par la plupart des présidents de fédération. Il est celui qui liquide la candidature colombienne dans le cadre de l’organisation de la Coupe du Monde 1986. Neuberger impose un cahier des charges démentiel aux Colombiens au point où ils sont contraints de se désister au profit du Mexique.

Les Allemands ne sont guère bavards sur Hermann Neuberger. Il est difficile de cerner l’homme. Bien que caméléon face au contexte politique, on décèle un bureaucrate sans convictions obsédé à rechercher la puissance dominante. Il reste par ses  actes l’exécutif qui a mis en place et valider le processus libéral à travers l’instance mondiale qui régule l’activité du football professionnel. Il fut un serviteur zélé des élites mondialistes et un des pères de la déconstruction culturelle qui a frappé l’ensemble du football. Neuberger, décède en 1992.