Gran Torino

Retour sur l’épopée du club turinois dans les années soixante-dix

1962, Orfeo Pianelli un entrepreneur Turinois se porte acquéreur du club de football du Torino. Pianelli natif de la localité de Vignale proche de Mantoue arrive à l’âge de seize ans à Turin. Maçon puis électricien, le jeune Pianelli fonde avec un ami durant la guerre une société spécialisée dans la mécanique et l’électricité, la Pianelli & Traversa. Pianelli et son associé œuvrent pour l’entreprise FIAT. Ils connaissent le succès avec la mise au point d’un nouveau vilebrequin, durant les deux décennies suivantes, la société Pianelli & Traversa développe son savoir-faire et ses activités, elle obtient une multitude de marchés et développe ses activités sur la totalité du pays et à l’étranger. Pianelli malgré sa réussite et ses connexions dans le monde politique reste en dehors des cercles de pouvoir.

Orfeo Pianelli est un passionné de compétition automobile et de football, il participe à la fameuse Mille Miglia à deux reprises. Désormais riche, il rêve d’investir dans un club de football, la situation du Torino n’est guère satisfaisante, le désormais entrepreneur prospère saute sur l’occasion et achète le club après bien des difficultés, Orfeo Pianelli entame la deuxième grande aventure de son existence.Le club de Torino se trouve dans une situation délicate.

L’arrivée de Pianelli à la tête du club granata est vue d’un bon œil par les supporteurs du club, même si la surface financière de l’entrepreneur est limitée, car malgré sa réussite, Pianelli ne veut pas dépenser n’importe comment, c’est un épicurien, il table sur des politiques multiples. Repéré des joueurs en devenir et misé sur la formation, sa gestion s’apparente à du paternalisme, Pianelli est un affectif et sensible aux rapports humains. L’entraineur Giacinto Ellena un habitué de la maison occupe le banc de touche provisoirement, Pianelli vise Nereo Rocco, le bouillant entraineur du Milan. Champion d’Europe, Rocco quitte Milan pour Turin et travaille avec Pianelli à la création d’une nouvelle formation destinée à terme à réussir au plus haut niveau.

Rocco aime les joueurs besogneux, il acquiert pourtant un jeune élément du club de Gênes, Gigi Meroni qui ne répond guère à ses critères. Meroni est un joueur technique souvent comparé à George Best. Le Torino termine à la septième place lors de cette première saison. L’année suivante, Pianelli enregistre une première satisfaction, le club termine troisième derrière les deux clubs de Milan et devance la Juventus à la grande joie du peuple granata.

La saison suivante, les hommes de Rocco ne confirment pas leur bon parcours, Rocco prend du recul, Marino Bergamasco est nommé entraîneur. Le Torino se stabilise dans le ventre mou du championnat, quelque mois plus tard, Gigi Meroni, la grande vedette du club est percutée par un jeune étudiant au volant de sa voiture, la grande vedette du Torino meurt quelques heures plus tard dans un hôpital de Turin. C’est un nouveau un drame pour le club, les supporteurs et les amoureux du jeu. Pianelli très atteint par la perte de Meroni jette son dévolu sur Edmondo Fabbri qui a guidé le onze national durant quatre années. Fabbri remonte le moral de son effectif et mène le club à la victoire en Coupe d’Italie. La formation de Fabbri remporte le trophée dans un format championnat. Pianelli respire, mieux encore, le club granata remporte une nouvelle coupe d’Italie trois ans plus tard dans une finale disputée à Gênes face au Milan entraîné par Nereo Rocco. Sergio Maddè un jouer passé par Milan désigné tireur unique réussi ses cinq coups de pied de réparation, Rivera en loupe un.

Après une décennie passée aux commandes du club piémontais, Pianelli est partagé entre joie et déception. Malgré deux victoires en coupe, le titre reste encore inaccessible, mais, il s’est attelé à remettre sur pied un club moribond, il a réussi à le stabiliser en série A et le plus important, il a redonné vie au club piémontais. À l’ombre des deux victoires en coupe, la formation produit quelques joueurs et sur le marché des transferts Pianelli a mis la main sur un jeune joueur prometteur, Claudio Sala en provenance de Naples. Peu à peu une nouvelle équipe se met en place…

Lors de la saison 1971-72, le Torino joue le titre jusqu’à la dernière journée avec le Milan et l’ennemi, la Juventus, l’équipe du patron. Durant cet exercice, les supporteurs considèrent que leur équipe a été flouée sur certains matches, en somme, une vieille histoire qui recommence…

Peu satisfait par son nouvel entraineur Gustavo Giagnoni, Pianalli s’en remet de nouveau à Edmondo Fabbri qui ne réussit pas à exploiter 100% de l’effectif mis à sa disposition. Pianelli s’en remet à Gigi Radice entraineur du club de Cagliari. Radice honnête joueur passé par le Milan entame une carrière d’entraineur vers la fin des années soixante, il ne réalise guère de prouesse dans les clubs ou il officie. Intronisé nouvel homme fort du club turinois, Radice découvre un effectif dont il connait déjà certains joueurs. Le début de l’exercice 1975-76 va très vite, Radice tire tout le potentiel de son onze de base. Il confie le poste de gardien à Luciano Castellini, un joueur expérimenté, sa défense s’articule autour des latéraux Danova et Salvadori du stoppeur, Mozzini et du libero Caporale. Eraldo Pecci, Renato Zacarelli et les frères Patrizio et Claudio Sala composent le milieu de terrain, quant à l’attaque, Radice s’en remet à un tandem qui fonctionne de mieux en mieux, Francesco Graziani et Paolo Pulici.

Pulici-Graziani_torino_1975-76

Pecci, Zacarelli, les frères Sala, Graziani et Pulici connaissent tour à tour les honneurs de la sélection. Pulici produit de la formation et meilleur buteur du championnat l’année précédente guide un Toro que rien n’arrête. Dans un championnat hermétique, Pulici inscrit 21 buts et son équipier Graziani score à 15 reprises, la presse transalpine parle de gemelli del gol.

C’est durant cette période que le mouvement ultra prend de l’ampleur. Le virage de la Maratona, QG des fans du Torino devient la référence en matière de supporterisme en Italie et en Europe. Par ses chorégraphies son entrain à soutenir son équipe dans la victoire comme dans la défaite, il pousse les hommes de Radice jusqu’à l’extrême limite. Pianelli laisse faire, il n’est pas opposé au mouvement ultra dans lequel il voit la représentation du peuple granata.

Le facteur émotionnel est de loin l’élément le plus compliqué à gérer pour Pianelli et Radice. Durant la saison, Giorgio Ferrini adjoint de Radice et rescapé de l’accident qui avait été fatal à son ami et coéquipier Gigi Meroni décède d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 37 ans. Pour les tifosis, c’est un nouveau signe de mauvais augure, le Toro ne va pas tenir la distance avec la Juventus, le mauvais œil s’est encore emparé une fois de plus du club, mais la disparition de Ferrini cimente encore plus l’effectif de Radice.

Les deux confrontations entre les clubs de Turin sont décisives. Lors du premier match, Le Torino dispose de la vecchia signora sur le score de deux buts à zéro dans une ambiance sulfureuse. Au match retour, les coéquipiers de Claudio Sala l’emportent sur la marque de deux buts à un. Soutenu par 65 000 supporteurs dans une ambiance volcanique, le Torino réceptionne Cesena lors de la dernière journée. Pulici ouvre la marque sur une tête plongeante et Mozzini marque contre son camp, le match nul suffit aux hommes de Radice. L’arbitre siffle la fin de la partie, les joueurs cours aux quatre coins du terrain, certain les nerfs à vif pleurent soulagé par l’heureux dénouement, Radice reste serein, ce n’est qu’une bataille de gagnée.

En battant l’ennemi héréditaire, le club turinois s’octroie un titre tant attendu. Ce ne fut pas chose aisée, les rapports de forces qui taraudent le football italien n’étant en rien favorable au Torino, les hommes de Radice ont tenu la distance sur le plan émotionnel, car sur le plan footballistique , la formation granata était un cran supérieur à son homologue turinois.

La saison suivante, le Torino dispute une fois de plus le titre avec la Juventus. Le Toro bat son record de victoire en une saison et finit à un point de la Juve. Le peuple granata se sent frustré, trop de décision favorable sont intervenu en faveur de “l’équipe du patron”, une fois de plus. En Coupe d’Europe, le Torino se fait sortir par l’épouvantail germanique, le Borussia Mönchengladbach, défait par deux buts à un à la maison, les hommes de Radice “ne font” que 0-0 en Allemagne.Cette saison promettait d’être le sacre d’un long travail, Pianelli espérait doubler la mise en championnat sans trop rêver d’une victoire en Coupe d’Europe. Le bilan est décevant, les saisons qui suivent se ressemblent, la formation de Radice laisse toutes ses forces dans la bataille pour l’obtention du scudetto, le Torino délaisse la scène européenne et aligne de mauvaises performances, Bastia, le Sporting Gijón, le VFB Stuttgart, les Grasshoppers de Zurich ont raison du club turinois. Radice ne modifie guère son effectif et le Torino laisse filer deux finales de Coupe d’Italie victime d’une Roma transfigurée aux accents révolutionnaires et une autre face à l’Inter Milan.

Durant cette période, Orfeo Pianelli est confronté à de multiples crises qui secouent son entreprise. P&T perd plusieurs contrats, dont le très lucratif marché en URSS. Rien n’est épargné à Pianelli, son neveu est l’objet d’un rapt, l’entrepreneur turinois paye la rançon.

Tous ses problèmes rejaillissent sur le club, une frange extrême des supporteurs du club demande le départ de Pianelli, Pecci part pour Bologne, Graziani est transféré à la Fiorentina, c’est la fin d’une époque, Pianelli vend sa participation, il est inculpé pour fraude et faillite frauduleuse et condamnée à six années de détention, mais par la suite, certaines accusations portées à son encontre se révèlent fausses. Pianelli affecté et désabusé de n’avoir pu faire face à une opération montée contre sa personne et de s’être retrouvé dans l’impossibilité de sauver son entreprise et ses nombreux employés se retire en France à Villefranche sur mer et décède en 2005.