Gaspar Rubio, l’insoumis.

15 mai 1929, la Roja réceptionne l’Angleterre au stade Metropolitano de l’Atletico Madrid dans le cadre d’une rencontre amicale. Le onze de Sa Majesté qui reste invaincu à ce jour en mode professionnel s’en va défier la sélection espagnole qui reste sur deux probantes victoires acquises face au Portugal et la France.

 

Wizzard Gaspar

Le match débute. Tour à tour, chaque équipe inscrit un but. En fin de rencontre l’Espagne l’emporte dans un délire absolu par quatre buts à trois, mais un fait majeur se déroule durant la rencontre. Parmi les éléments de la Roja se trouve un jeune joueur de 21 ans. Passé du Levante Valencia au Madrid ce dernier fait tourner en bourrique jusqu’à parfois ridiculiser les joueurs anglais durant toute la partie. Enfin, il tire tous ses coéquipiers vers le haut.

Râteaux, contre-pied, coup du chapeau et deux buts histoire de marquer le coup. Ce jour-là, le jeune homme illumine le ciel de Madrid. Il marque son huitième et neuvième but qui s’ajoute au trois inscrits face au Portugal et à un  quadruplé passé aux bleus de l’équipe de France, deux autres formations qui ont subi un sort analogue aux Anglais face à une Roja mené par un jeune joueur nommé Gaspar Rubio.

Une fois dans le vestiaire, il s’adresse aux dirigeants de la fédération espagnole et réclame dix dollars de l’époque pour chaque but marqués. Interloquer les responsables négocient et cède à sa demande, Gaspar Rubio vient d’inventer la prime en sélection. Le lendemain la presse britannique le surnomme  » Wizzard Gaspar « . En quelques mois, il passe de l’anonymat à celui d’idole. La saison suivante, il joue face aux Tchèques avec une victoire à la clé par un but à zéro, mais ce que personne ne sait et n’imagine à cet instant est que cette sélection sera la dernière du jeune prodige du club de Levante.

Gaspar vient au monde en 1908 à Serra près de Valence. Alors qu’il est encore un enfant, la famille déménage pour Barcelone. Son père à trouver un nouvel emploi. Dès son plus jeune âge Gaspar n’aime qu’un seul jouet. La balle. Il débute dans le club de San Sadurni. Adolescent, il fait preuve d’instabilité et change de formation à plusieurs reprises.

 

Professionnel

Lors d’un tournoi, il attire l’attention des grands Zamora et Samitier en leur montrant « ce qu’il savait faire ». Malgré des contacts, il décide de passer professionnel en retournant chez lui et signe pour le club du FC Levante. Après une première saison réussie, il débarque au Real Madrid. Pablo Hernández Coronado secrétaire technique du club castillan secondé par Santiago Bernabéu, le persuade de venir à Madrid. Coronado accepte qu’un de ses coéquipiers l’accompagne. Dans la capitale, il se révèle le prodige espéré et réalise des débuts fracassants en sélection, mais un jour, après deux saisons et une opération au pied, il décide de partir sans prévenir personne au club, alors qu’il est encore sous contrat. La junte du Madrid prévient la FIFA qui suspend le joueur de toute compétition. Gaspar Rubio est le premier joueur ainsi suspendu par l’organisme qui régit le football mondial pour avoir déserté son club. Wizzard Gaspar est plus que souvent le premier dans quelque chose…

 

Un bateau pour Cuba

Mille et une histoires circulent encore de nos jours sur l’exil soudain et volontaire pour Cuba de celui qui fut le premier crack de l’histoire du football ibérique. Les historiens ne s’acordent pas, mais la vérité est que Gaspar était un romantique. Il était amoureux d’une jeune femme qui rentrait chez elle. Après un long entretien avec son père, Rubio fini par prendre la direction du port de La Corogne. Il est clair que la star du Madrid a préparé sa fuite, car arrivée à Cuba, il est accueilli comme un pape par la communauté ibérique locale et signe en étant rémunéré pour la Juventud Asturiana, un club mineur qui évolue dans le championnat national mais doté du statut amateur. Durant son séjour cubain, il se blesse sérieusement. Une fois rétabli, il bifurque au Mexique. D’emblée, il se régénère sous la tunique du Real España de Mexico et fait connaissance avec une ville et un pays avec lequel il se découvre des affinités.

 

Retour et purgatoire

L’année suivante, il rentre à Madrid où son cas divise les dirigeants. Il échappe à une suspension. Gaspar enfile le maillot meringue, mais il est confronté à l’hostilité de certains coéquipiers. Enfin, la porte de la sélection est désormais fermée. Outre son comportement qui fait peur à l’appareil, les administrateurs de la fédération n’ont pas oublié l’histoire des primes. Instable, indiscipliné, radical, capable de sécher les entraînements, le président du Real décide de le céder à l’Atletico après 75 matchs pour 73 buts inscrit pour le club blanc. Au stade Metropolitano qui l’a vu battre l’Angleterre à lui tout seul, il ne reste pas longtemps.

Peu après, il signe pour le club du FC Valence. Il joue peu, car handicapé par de nombreuses blessures. Le roi de l’astragale, autre surnom qui lui est accolé joue par parcimonie et s’oppose au capitaine Luis Pasarin. Il divise le vestiaire en deux camps. Sur ses entrefaites, il claque la porte et retourne dans son club de Levante au bout de deux années. Cependant la guerre civile interrompt sa carrière. À trente ans et la Seconde Guerre mondiale qui éclate, il n’a plus rien à espérer. Paradoxalement, il tente l’aventure en tant qu’entraîneur. Il bifurque de club en club. Levante, Grenade, Murcie…

 

Un envol définitif

A la fin des années quarante, l’occasion de retourner au Mexique se présente. Il s’y installe définitivement et se met au service des clubs de l’Atlante et de Toluca. Gaspar Rubio décède aux débuts des années quatre-vingt d’une pneumonie.

Ambidextre, rapide, un dribble déroutant, une technique affinée, Gaspar Rubio à connut la gloire et l’oubli assez rapidement. Son désir d’indépendance absolue lui à causer beaucoup d’inimitié venant du monde du football. Il est sans doute passé à côté d’une grande carrière et peut-être du titre suprême s’il avait accompagné ses coéquipiers en Italie pour le mondial de 1934 et donc d’une reconnaissance éternelle, mais il en avait cure !

Gaspar Rubio fut un homme de caractère, peut attacher aux convenances, fuyant le conformisme ambiant et libre d’esprit.