Felice Riva, l’héritier risque-tout

Les flambeurs et aventuriers ne manquent pas dans le monde du football. Certains ont laissé des plumes, d’autres sont repartit bredouille, d’autre ont brillé avant de passer la main tout en rentrant dans leur frais. Dans cette vaste galerie se trouve un cas particulier. Il occupe la première place bien que peu connu voir oublier de nos jours en Italie et inconnu au-delà de son pays natal.

 

La splendeur des Riva

Felice Riva vient au monde en 1935 dans la localité de Legnano à proximité de Milan, il est le fils d’un important industriel Giulio Riva, propriétaire de la fabrique « Cotonificio Vallesusa” – coton Vallesusa – et de Luisella Lampugnani, héritière d’une des plus anciennes familles de Milan. Felice est né coiffé, diplômé en comptabilité, il intègre l’empire que dirige son père. Le jeune Felice reconnaissable à sa crinière blonde et son bronzage qu’il entretient, préfère les pentes de St Moritz et les plages de Forte dei Marmi aux conseils d’administration et épouse l’actrice Gianfranca Gabellini de son nom de scène Scilla Gabel.

1960, le patriarche Guilio Riva décède. Felice, le plus âgée des enfants de la famille reprend les rênes du groupe. Felice n’a que vingt-cinq ans quant il s’installe dans le fauteuil de son père, d’emblée, il fait preuve d’une certaine détermination, il n’est pas l’héritier tel qu’il apparaît sur les clichés des magazines people, play-boy et désinvolte, Riva pressent que l’industrie du textile est condamnée à moyen terme. Des les premiers mois, il se met en quête de redévelopper l’empire par des opérations boursières et des achats d’entreprises. Riva ne s’arrête pas là, il pense aussi au football…

 

Milan AC

Andrea Rizzoli propriétaire d’un groupe de presse et du club de Milan depuis une quinzaine d’années décide de passer la main. Rizzoli a réussi les objectifs qu’il s’était fixés. Dans un contexte social délicat, il a profité de la caisse de résonance du club pour instaurer une pacification entre les industriels de la région lombarde et le public de San Siro qui provient essentiellement des classes populaires. Champion d’Italie à plusieurs reprises et récemment Champion d’Europe, Rizzoli désire tourner la page et céder un joyau qui lui coûte une fortune chaque saison. Riva se déclare pour reprendre les rênes du club Lombard. La transaction est rapide. Felice Riva âgée de vingt-huit ans devient le nouveau patron du Milan…

Bien que propriétaire du club, Riva ne fait aucune révolution de palais. Après tout, le Milan est champion d’Europe. Cependant,  le tout nouveau patron de Milanello n’est pas bien perçu par les anciens collaborateurs de Rizzoli dont Mino Spadacini son ancien bras droit. Riva cadre mal avec l’image du club. Il s’est trompé, les « Baùscia », ceux de l’inter, s’est en face. Riva ne veut heurter personne, mais le club est déficitaire par sa politique salariale et du coût des transferts. Les centaines de millions de lires qui se transforme en milliards chaque fin de mois sont à la charge personnelle de Riva.

Pour ne pas semer le doute dans la tête des supporteurs et de s’affirmer en tant que nouvel homme fort du Milan, Riva ne regarde pas à la dépense, mais le club a du mal à rebondir après son titre continental. Milan rame en championnat et voit l’Inter s’installer sur le toit de l’Europe et du Monde. Spadacini et son équipe se braquent contre Riva désireux d’avoir son mot à dire sur les transferts et la politique du club. Rizzoli bien ou mal informé déclare que céder le club à Riva était une erreur. Ses anciens collaborateurs se chargent de monter le public de San Siro contre cet étranger.

Riva se retrouve seul face à la meute. Il résiste deux années, dépense des milliards et cède le club à un groupe d’investisseur proche de Rizzoli et des milieux d’affaires lombards. Il est impossible de nos jours de retranscrire avec exactitude ce qui s’est réellement passé durant ses deux années vu le positionnement de la presse locale. Accusé Riva d’avoir été incompétent est un peu rapide, les cerbères de Rizzoli bien trop préoccupé à sauver leur place ont rapidement pris les devants, forts de leur pouvoir, une presse acquis à leur cause, ce n’était qu’une question de temps pour faire chuté le jeune héritier…

 

Faillite

C’est durant cette période que Riva est rattrapé par ses opérations intempestives mené sur les marchés boursiers. Les banques ne font plus crédit. Les bilans sont falsifiés. Tout se termine par une banqueroute retentissante. La trentaine d’usines que détient le groupe ferme et plus de huit mille employés sont mis à la porte.

 

Exil

Condamné en 1969, Riva s’exile au Liban avec un milliard en poche selon ses détracteurs. Il reste une douzaine d’années à l’Hôtel Saint George de Beyrouth et en devient le jet-setter le plus célèbre de son temps. Il rentre en Italie au moment du déclenchement de la guerre du Liban. Amnistié, il s’installe dans sa maison de Forte dei Marmi avec sa fille et sa deuxième épouse et continue de faire des affaires. 

Il ne serait pas raisonnable de plaindre cet héritier d’une des plus grandes fortunes d’Italie, mais Felice Riva est une intrigue bien plus qu’un héritier qualifier par les Italiens de « cutanat  » exhibitionniste, désinvolte, encombrant et vulgaire.   « Le blond » avait compris que le monde de l’industrie du textile allait changer. Entamer une mutation au pas de charge. Les risques pris pour renforcer son groupe industriel pour l’amener à affronter de multiples transformations se sont avérés être un échec colossal. Sa courte odyssée dans le football démontre les mécanismes qui étaient en place à l’époque et qui perdurent encore de nos jours. Riva fut léger et peu précautionneux dans la gestion du club lombard aux mains d’un nid de guêpes. D’avoir été trop prévenant à l’égard de la ruche, il a laissé sa peau.

Retour en Italie dans les années 80’s

L’oubli

Les Italiens n’aiment pas trop se rappeler ce fils d’héritier qui a presque tout perdu. La grande maison natale et fief des Riva à Legnano muré depuis des années va être détruite pour laisser la place à un complexe immobilier. Une résidence de plusieurs appartements, histoire d’exorciser le passé, quant au Milan, le club est devenu la propriété d’investisseurs chinois et d’un fond d’investissement américain…

Felice Riva est décédé en Juin 2017.

Il delfino del cotone  par Giorgo  Santerini : Edition Sugarco