Devoir de mémoire, Duncan Edwards

@jecinci colirizations

 

Dudley, petite ville des Midland, dans le cimetière communal se trouve au bout d’une allée adossée à une légère pente une sépulture de marbre noir faisant face à un arbre. Elle est régulièrement fleurie et parfaitement entretenue par plusieurs personnes depuis fort longtemps. Sur le marbre est graver le nom du défunt, Duncan Edwards jeune footballeur vedette de la formation de Manchester United et de l’équipe d’Angleterre disparue à l’âge de vingt et un an dans la catastrophe de Munich au côté de sa petite sœur Anne Mary décédée à l’âge de quatre mois.

Depuis cette terrible journée, les fans et spécialistes de tous bords n’ont cessé d’imaginer l’impact sur le jeu et les événements futurs qu’aurait eu Edwards si celui-ci avait pu réchapper au terrible accident. Une mort tragique frappant un jeune homme en pleine ascension à tendance à créer un mythe. C’est un processus inévitable, mais plutôt que de se livrer à des interprétations dictées par l’émotion, la première question est de savoir qui était la vedette des Reds Devils…

Au vu des transcriptions qui sont faites de lui dans les médias britanniques et sur les quelques bandes vidéos disponibles ou il apparaît, Duncan Edwards était un joueur pourvu d’une technique moyenne. Un aspect que l’on retrouve chez la plupart des joueurs britanniques, mais suffisants pour évoluer au plus haut niveau. Sur le plan physique c’était un roc. Un buste massif des jambes musclées, son endurance lui permettait d’avaler les kilomètres. Son rayon d’action était sans limites, il pouvait couvrir la presque totalité du terrain.

Excellent de la tête, il renvoyait l’image d’un joueur issue de la grande tradition britannique, mais un trait distinctif différenciait ce jeune joueur de ses contemporains. Il possédait la faculté d’analyser la tactique de l’équipe adverse en cours de match malgré son jeune âge. Il était un joueur-tacticien. Matt Busby, le grand manitou de Manchester United est mis au courant par un scout qu’un jeune colosse fait des ravages chez les scolaires du côté de Wolverhampton. L’affrontement entre Stan Cullis patron des Wolves qui dominent le championnat et Matt Busby pour enrôler le jeune Duncan est épique. Edwards finit par se déterminer en faveur d’United, car il craint vu la qualité de l’effectif des Wolves de ne pas pouvoir s’exprimer. En quelques saisons le gamin des Midlands fait son apprentissage. Il intègre les rangs de l’équipe première à l’âge de dix-sept ans.

Busby est un conservateur. Il ne révolutionne pas le jeu de son équipe. Ce n’est pas un théoricien du jeu. Il s’appuie sur un jeu direct et transversal et privilégie le plus souvent la transmission de la balle à terre. Avec Edwards, Busby a trouvé un acteur du jeu qui peut relayer sa pensée sur le terrain. Un élément capable de déchiffrer les forces et faiblesses de l’adversaire. Edwards n’était pas un joueur sensationnel pétri de qualité, un de ses dogmes qui ont la vie dure diffusée depuis sa disparition à  travers le temps, mais celle d’un joueur au-dessus de la moyenne pourvue d’une rare intelligence.

La doxa médiatique affirme depuis qu’avec Duncan Edwards aux commandes des Reds-Devils, le Real Madrid aurait fini par mordre la poussière. Or, lors de leur premier affrontement, l’équipe madrilène prouve qu’elle est nettement au-dessus de son la formation anglaise. Voir dans le Manchester United de cette époque un sérieux conçurent du Real Madrid est une erreur. La réalité est tout autre. Matt Busby avait posé les jalons d’une formation qui devait arriver au sommet et tenter de régner durant la période 1963-68 sans se départir du style Old-Scholl si cher à Busby. On connaît le résultat, Manchester United malgré une victoire bien heureuse à Wembley face à Benfica ne fut jamais en situation – due à ce jeu académique – d’être en position de dominer l’Europe. Encore de nos jours, ce devoir de mémoire qui entoure les victimes de Munich empêche toutes formes d’analyses concrètes.