Animosité

Longue est la liste de fait occulté à travers l’histoire du football. Un fait occulté est le fruit d’une multitude de personnes au service d’un fait qu’il faut dissimuler et travestir.

Été 82, Platini quitte l’AS Saint-Etienne et s’engage pour le club de la Juventus de Turin. Il « françese » rejoint une équipe titrée qui aligne plusieurs champions du Monde. Zbigniew Boniek meilleur joueur polonais rejoint la capitale du piémont.

Le club turinois parait sans adversaire, avec un tel effectif. La vecchia signora est hors de portée. Les clubs milanais sont hors sujet, Naples reste à distance, la Fiorentina est incapable d’aligner deux saisons au plus haut niveau, reste la Roma qui sur les deux dernières années à jouer le titre avec le club de la casa Agnelli. La Roma est une bonne équipe qui pratique un jeu évolué au pays du catenaccio et pourvue de quelques joueurs de grande classe, dont sa vedette brésilienne Roberto Falcao.

Falcao colle trait pour trait avec son club. Élégant, technique et romantique. L’Italie du football vit sous le charme de ce dandy, souriant et avenant à la dialectique châtiée. Le brésilien est initié à certains rites de la capitale. Il fait la connaissance du célèbre Massimo Gargia qui l’introduit dans la jet-set romaine, s’ensuit une liaison avec la star de cinéma Ursula Andress. À peine arrivé en Italie, Platini prend rapidement ombrage de ce brésilien qui capte toute la lumière.

 

Numéro dix face à un volante

Platini & Falcao, ainsi commence une rivalité particulière. Étrange duel entre les deux hommes. Les deux joueurs n’ont pas grand-chose en commun. Platini est un vrai numéro dix et buteur. Falcao est joueur hybride. Récupérateur, relayeur, meneur de jeu et buteur, un volante comme le football brésilien était encore capable d’en produire à cette époque. Cerveau de la sélection de Télé Santana, il réalise un mondial de grande qualité. Il est élu meilleur joueur de la sélection auriverde. Le brésilien marche sur l’eau.

Le rapport de force plaide en faveur du Français, La Juventus  est l’équipe de l’entreprise Fiat. Le pouvoir légal et de l’ombre en Italie, mais la formation piémontaise pratique un jeu rétrograde. Tour à tour victorieux et perdant, Platini & Falcao font les titres de la presse transalpine, mais le brésilien a les faveurs de la foule. Il français agite ses réseaux. Les faiseurs d’opinions les plus influents de l’hexagone se mettent à son service. Certains distillent encore de nos jours leur  poison sur les plateaux radios et télé, suivez mon regard. Dans cette lutte inégale, le Français peut concourir pour l’obtention du Ballon d’Or, ce qui lui donne une certaine reconnaissance et change la donne.

Après quatre saisons passées dans la capitale, Falcao passe sur la table d’opération pour subir une intervention au genou droit suite aux coups multiples subits durant la saison écoulée. Cette dualité prend fin avec le départ du brésilien pour son pays d’origine. Un malheur n’arrive jamais seul. Alors que Platini semble avoir réglé son déficit d’image, une nouvelle étoile d’une puissance inégalée, Diego Maradona, débarque à Naples. C’est une tout autre adversité qui commence pour le français…

Après avoir raccroché tour à tour les crampons, les deux vedettes suivent des parcours similaires puis différents. Le brésilien ne s’est jamais éloigné de son club d’origine l’Inter de Porto Alegre et des micros en tant que consultant puis journaliste et comme chef d’orchestre d’émissions consacrées au football.

Après avoir été sélectionneur et consultant, Platini fait carrière dans la bureaucratie. L’organisation de la Coupe du Monde 98 en France, président de l’Uefa et la tentative avortée de devenir président de la Fifa. Les deux anciennes gloires du football italien des années quatre-vingt ont souvent participé aux mêmes manifestations sportives depuis de longues années, mais point de retrouvailles. On dit que le temps est censé aplanir les différends. C’est à ce jour peine perdue. Le brésilien a pris le pas du français. Les deux prennent grand soin de s’ignorer !